dimanche 28 février 2016

La Maladroite d'Alexandre Seurat

Voici aujourd'hui une lecture choc que je ne suis pas près d'oublier. 


L'éditeur en parle : 

"Inspiré par un fait divers récent, le meurtre d’une enfant de huit ans par ses parents, La maladroite recompose par la fiction les monologues des témoins impuissants de son martyre, membres de la famille, enseignants, médecins, services sociaux, gendarmes… Un premier roman d’une lecture bouleversante, interrogeant les responsabilités de chacun dans ces tragédies de la maltraitance."


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

J'avais lu des critiques sur ce livre lors de sa sortie, en particulier celle de Leiloona, du blog Bricabook, ICI. Leiloona y parlait d'un roman "coup-de-poing" loin d'être un "feel good book" et malgré cela, alors que j'aime souvent les lectures légères, j'ai eu envie de lire ce premier roman (d'un collègue). 


Mon avis après lecture :

J'ai, comme tous les lecteurs de ce roman je crois, pris une grande claque. Leiloona évoquait une progression du lecteur dans l'oeuvre la gorge nouée et c'est tout à fait ça. L'histoire de la petite Diana bouleverse, émeut et l'on ne peut en sortir indemne, d'autant que le fait divers qui a inspiré l'auteur est encore vif dans les mémoires. Aurait-on pu éviter un tel drame ? 
L'auteur ne sombre jamais dans le pathos, les cruautés infligées à la fillette ne sont jamais précisées, mais la lecture laisse monter l'impression atroce du drame imminent et inévitable. 
La polyphonie ajoute à la douleur que l'on ressent à la lecture : chacun a fait, à sa mesure, ce qu'il a pu, ce qu'il "devait faire"... et pourtant les lenteurs administratives, le manque de communication parfois, ont eu raison de toutes les tentatives d'aide à Diana et à sa famille en souffrance. 
Nini DS a lu ce livre il y a peu et dit qu'elle en est sortie "sonnée" (voir son billet ICI). C'est tout à fait ça. Et l'uppercut reçu laisse KO. 


Quelques phrases : 

"Alors, je ne vois plus ma classe, mes élèves se figent en noir et blanc -- et parmi eux, il y a Diana : elle est la seule à ne pas être en noir et blanc et à ne pas être immobile, je la sais en danger, elle me regarde, comme si elle guettait de moi ce que je peux faire, ce que je vais faire. Mais dans le cauchemar, je sais que tout est déjà trop tard pour elle, elle me regarde, et je ne peux rien faire, et je voudrais qu'elle me pardonne." (l'institutrice)

"[La médecin scolaire] s'est tue un moment, a souri, puis a dit lentement que c'était plus compliqué que ça, qu'avant de jeter le discrédit sur une famille, il fallait une certaine circonspection -- c'étaient ses termes, discrédit, circonspection, et elle a dit que les droits de la famille prévalaient, qu'il fallait des faits concrets. Pendant un moment, je n'ai rien pu dire. Des faits concrets ? Elle m'a calmement raccompagnée à la porte." (l'institutrice)

"[...] il [le policier] insistait, il voulait savoir si je pouvais avoir une idée d'où elle serait allée, où elle aurait aimé partir, ma soeur, si elle était partie, mais je n'en savais rien. Alors il m'a demandé ce que j'imaginais qu'elle aurait pu vouloir que je fasse pour elle, s'il lui était arrivé quelque chose. Je l'ai regardé, et j'ai failli lui dire qu'elle n'aurait jamais pensé à ce que j'aurais pu faire pour elle, parce que personne n'avait jamais rien fait pour elle, et que je ne ferais rien pour elle, puisque c'était fini. Mais j'ai rien dit." (le frère)

Voilà. Un livre à lire absolument, même s'il est dur. 

vendredi 12 février 2016

La Voix sombre de Ryoko Sekiguchi

Un livre exposé sur la table des nouveautés de ma médiathèque m'a attirée... 

L'éditeur en parle : 

Il faut entendre le titre La Voix sombre dans les deux sens possibles. La tristesse, mais aussi la disparition. Ce livre est en effet une suite de pensées sur ce qu'il reste d'une voix quand celle ou celui à qui elle appartenait n'est plus. Qu'est-ce qu'une voix enregistrée ? Qu'est ce que la trace que laisse une voix ? est-elle matérielle, corporelle ? Et de là, le livre s'étend à l'image, aux odeurs, et puis il devient une réflexion sur l'absence, la mort.

Le livre peut être feuilleté ICI (clic)


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Je ne suis pas une grande lectrice de littérature japonaise (même si Ryoko Sekiguchi écrit en français). Mais j'ai perdu ma voix, mon outil de travail, au mois d'octobre dernier et je ne dois mon salut qu'à des séances hebdomadaires chez l'orthophoniste depuis... alors évidemment, ma voix ayant sombré, j'ai été attirée par le titre de ce livre. 


Mon avis après lecture : 

Ce petit livre est pour moi un grand livre. Je ne suis pas vraiment une auditive, mais l'idée d'enregistrer la voix de ceux qu'on aime, la pertinence des remarques sur le temps de la voix et le temps de l'écoute m'ont fait réfléchir. J'ai beaucoup aimé ce livre... 


Quelques phrases en passant : 

"La voix trouble la temporalité parce qu'elle est condamnée à rester au présent pour toujours."

"En définitive, dans nos sociétés, on est peu soucieux de conserver les traces directes du corps : odeur, cheveux ou écriture. Ni les objets fabriqués, tricotés, brodés, façonnés par la personne. Et encore moins la peau, le corps lui-même en forme de momie. Reste ce qui est sans corps, photographie et vidéo." 

"La voix est la seule partie du corps qu'on ne puisse pas enterrer. on peut enterrer les cordes vocales ; pas la voix, les ondes enregistrées."

"Pourquoi la fin est-elle insupportable ? Pourquoi les fins sont-elles considérées par définition comme un mal, et les fils de vie, par définition, condamnés à suivre leur cours ? Cette question, parallèle à la question  de la présence-absence-disparition, persiste intacte sans trouver de réponse. 

Sans trouver de voix pour répondre."

Une lecture qui me restera longtemps en mémoire. 

dimanche 24 janvier 2016

La Variante chilienne de Pierre Raufast

Voici un livre que j'ai lu grâce à Price Minister, dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire et que j'ai chroniqué sur IG. Je l'avais choisi après avoir lu l'avis enthousiaste de Leil sur Bricabook ICI

L'éditeur en parle : À PROPOS DU LIVRE

"Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux.
Chaque caillou qu’il y dépose correspond à un évènement de sa vie. Deux vacanciers, réfugiés pour l’été au fond d’une vallée, le rencontrent  par hasard. Rapidement des liens d’amitiés se tissent au fur et à mesure que Florin puise ses petits cailloux dans les bocaux. À Margaux, l’adolescente éprise de poésie et à Pascal le professeur revenu de tout, il raconte. L’histoire du village noyé de pluie pendant des années, celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase, celle de la piscine transformée en potager ou encore des pieds nickelés qui se servaient d’un cimetière pour trafiquer."


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

C'est facile, c'est le billet élogieux de ma copiNETte blogueuse Leiloona ICI qui m'a conquise. En effet, elle parle d'un véritable conteur et qui n'a pas envie de lire des histoires ? J'avoue que j'avais aussi entendu parler en bien du premier roman de l'auteur, La Fractale des raviolis


Mon avis après lecture : 

Je ne dirai qu'un mot : génial ! C'est un vrai bonheur de lecture, surtout que les histoires s'enchaînent sans temps mort et avec des personnages variés et terriblement attachants ! L'amitié lie les hommes comme les histoires et le lecteur est ému (en tout cas, moi je l'ai été !). J'ai aimé le principe des cailloux de mémoire de Florin. En effet, Florin, après un coma, ne ressent plus d'émotions. Il comprend vite comment mimer celles-ci, mais les souvenirs se nourrissent d'émotions et de ce fait, Florin ne mémorise plus sa vie... C'est pourquoi il conserve dans des bocaux des cailloux dont le simple contact lui permet de retrouver instantanément ses souvenirs. Pour être honnête, j'ai vraiment presque regretté les galets que j'avais longtemps gardés en souvenir d'un tas d'événements importants seulement pour ma petite personne... 
Seul reproche à faire à ce livre : j'aurais voulu que ça dure plus longtemps. Voici la petite mise en scène que j'ai montrée sur IG pour présenter ce roman... avec le roman, de petits cailloux, un jeu de Scrabble, un valet de coeur, des poésies de Musset... autant de souvenirs pour Florin et d'autres personnages ! 



Bonheurs de phrases : 

"Petit carnet, j'en arrive à cette conclusion : 
Après ces vacances, je partirai. 
Je vivrai sans mémoire. Un jour blanc, un jour noir."

"-- Ce ne sont pas des cailloux, mais des pépites, dis-je pensif. 
  -- Oui. C'est toute ma mémoire." 

"[...] j'ai une chance incroyable de pouvoir m'affranchir du passé. Je vis au jour le jour dans une grande sérénité : sans regret ni remord. Je vis ici et maintenant : les deux pieds bien au sol." Une vraie leçon de pleine conscience ;-) 

Voici un livre qui m'a enchantée et j'ai déjà prévu d'emprunter à la médiathèque le premier roman de l'auteur ! 

jeudi 31 décembre 2015

Catholique anonyme de Thierry Bizot

Voici un livre qui n'était pas sur ma PAL. Un livre que je ne devais pas lire "a priori". Et c'est c'est une très belle rencontre. 

L'éditeur initial (Seuil) en parle en citant l'auteur : 


Il faut avoir une sacrée motivation pour faire son coming-out spirituel dans le milieu des médias.

Jusqu’à l’âge de 44 ans, j’ai été un catholique non pratiquant, non communiquant, non convaincu. N’étant pas suicidaire de nature, je n’ai jamais revendiqué mon éducation catholique, afin de ne pas passer pour un ringard, ce qui représente la condamnation ultime pour un producteur de télévision.

Et puis un jour j’ai reçu chez moi une étrange invitation… Un professeur de mes enfants, que j’estime beaucoup, me proposait de venir un soir à une catéchèse pour adultes, à deux pas de chez moi. Plus intrigué qu’autre chose, et désireux de lui faire plaisir, j’ai participé pendant deux mois, de façon décousue et méfiante, à des séances qui me paraissaient intellectuellement intéressantes. J’y suis allé pour me cultiver, un peu comme si j’assistais à des cours de philo…

Et c’est là que j’ai fait une rencontre.

Une rencontre qui a changé toute ma vie.

T.B


Thierry Bizot ne prêche pas. Il raconte avec beaucoup de finesse et de drôlerie ce qui lui est arrivé. Ce récit est aussi le portrait d’un homme d’aujourd’hui, fonceur et anxieux, qui voudrait tout réussir. Vie professionnelle et vie privée sont traitées avec une sincérité totale, un sens aigu de l’observation et de l’autodérision. Croyant ou pas, chacun s’y retrouvera.

Un extrait est en ligne ICI (clic).


Ce qui m'a donné envie de le lire :


Ah la la... c'est bien difficile. Peut-être que c'est lui qui m'a choisie... Que je vous raconte. J'avais un RV chez le coiffeur en début de matinée et un RV chez le médecin en fin de matinée. Entre les deux, pas le temps de rentrer à la maison. D'ordinaire, je ne sors pas sans un livre dans ce genre de circonstances ! Mais là, j'avais clairement tout oublié ! Fort heureusement, la médiathèque n'était pas loin... Je m'y suis donc précipitée. J'ai regardé rapidement et c'est le rayon "Témoignages" qui m'a fait de l'oeil. J'ai hésité entre le nième témoignage d'une collègue enseignante sur les bonheurs et douleurs de notre beau métier et puis le titre Catholique anonyme m'a attirée. J'ai beaucoup attendu chez le médecin et j'ai lu les trois quarts du livre pendant ce temps... C'était hier ! Et aujourd'hui, vite vite, je l'ai terminé. 


Mon avis après lecture : 

J'ai été emportée. J'ai suivi le parcours de Thierry Bizot avec bonheur et peut-être une pointe d'envie. C'est que je ne suis pas en odeur de sainteté (hahaha) pour l'Église : divorcée d'un mariage religieux et remariée... mais je suis persuadée au fond de moi -- oups ça doit être très mal de le penser et encore plus de l'écrire -- que Dieu est Amour inconditionnel, donc plus généreux et plus ouvert que ses représentants. À l'intérieur du "roman" (c'est ce qui est écrit sur la première page), comme un clin d'oeil, j'ai trouvé un marque-page laissé par le précédent lecteur (la précédente lectrice ?), une feuille découpée sur laquelle était écrit en rouge Vie Nouvelle. La coïncidence m'a amusée... 
Ma lecture a été rapide. Boulimique. Et j'ai été vraiment émue par ce récit d'une conversion moderne (les seuls récits de conversion que je connaissais étaient celui de Blaise Pascal et celui de Paul Claudel). De nombreux passages m'ont séduite et je les ai notés précieusement. Et j'ai maintenant très envie de lire la suite : Sauf miracle, bien sûr. Il semble aussi qu'il y ait eu une adaptation filmique réalisée par la femme de l'auteur, Anne Giafferi : Qui a envie d'être aimé ? Je vais regarder dans ma médiathèque préférée !


Bonheurs de phrases en passant : 

"Pour tout ce qui concerne la religion, je suis immature, j'en conviens. Si je comparais ma culture spirituelle à celle que j'ai du roman, elle se limiterait à la Comtesse de Ségur, au "Club des cinq" et à la Bibliothèque Verte", et je serais bien obligé de trouver la littérature peu représentative de ma vie d'adulte... On me conseillerait alors de découvrir Balzac ou Faulkner et ce ne serait pas du luxe. 
Mais je peux me passer de religion mieux que des livres. La preuve, mes seuls contacts avec l'Église ces vingt dernières années ont été les messes de Noël, quelques enterrements, et des mariages, dont le mien. Et enfin cette récente séance de catéchèse. On ne peut pas dire que je sois intoxiqué ! Cela ne m'a pas empêché de bien vivre jusqu'ici."

"Ce programme, dans lequel je m'étais inscrit en touriste, en cynique désabusé et content de lui, m'a fait réfléchir."

"Soudain fond sur moi une vérité toute simple, qui me foudroie : cette petite troupe que j'ai sous les yeux, ces bras cassés, comme il me plaît de les qualifier, eh bien... j'en suis un. 
Je leur ressemble, je suis comme eux et je ne le savais pas. 
Je suis un bras cassé. Un pauvre type comme les autres, qui cherche sa bouée de sauvetage. une âme perdue. Comme chacun d'entre eux. Je ne suis ni mieux, ni moins bien. Je suis fait de la même pâte, du même sang, de la même banalité. Je suis de la race qui murmure. Je n'ai rien de supérieur. Et, si je suis ici, ce n'est pas par hasard."


Voilà donc cette lecture surprise en ce dernier jour de 2015... Nul doute que la suite sera au programme de mes lectures 2016. Un peu de spiritualité ne nuit jamais. 

lundi 16 novembre 2015

Le Fil de Sophie Lemp


Voici un livre que j'ai depuis un moment dans ma PAL mais que je n'avais pas pris le temps de lire. 


La quatrième de couverture donne quelques éléments : 

«Ma petite fille chérie, ce joli carnet que tu m'as offert pour mon anniversaire, je vais te le consacrer... Si un jour tu lis ces pages, tu sauras combien tu es mon bonheur.»
Trois carnets. L'amour qu'elle me portait irradie. Chaque page en est baignée... Grâce aux mots qu'elle avait écrits presque chaque soir, j'extirpe de ma mémoire des jours que je croyais oubliés.

Portrait croisé d'une jeune femme et de sa grand-mère. Le Fil est le récit d'un deuil, mais aussi un livre sur la transmission, sur la mémoire, sur les traces que laisse en nous notre enfance.

Sophie Lemp a 35 ans. Après avoir été comédienne, elle travaille principalement pour les fictions de France Culture, en tant qu'adaptatrice et auteur.
Le Fil est son premier texte publié.


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Plusieurs billets de blogs avaient dit à quel point ce livre était bouleversant, mais je crois que c'est le très bel article de Leiloona du blog Bricabook, que vous pouvez lire ICI, qui a achevé de me convaincre. 


Mon avis après lecture : 

J'ai été vraiment remuée par cette lecture. On voit se construire le lien entre une grand-mère et sa petite-fille, on lit les carnets émouvants de cette mamie qui regarde grandir Sophie et a pris soin d'enlever les passages les plus durs de sa vie, pour ne garder que le meilleur. 


Quelques phrases çà et là : 

"Quand elle me racontait les élèves à qui elle continuait à donner des leçons, les cours qu'elle suivait à l'université du troisième âge, les coussins qu'elle brodait, les aquarelles qu'elle peignait, les livres qu'elle dévorait, j'avais le sentiment qu'il s'agissait seulement pour elle du reste de sa vie. L'essentiel demeurait toujours ce qui m'arrivait à moi. Rien ne comptait en regard de ce que j'étais en train de construire."

"Dans un de ses grands cahiers, elle avait écrit Il y aura une dernière fois et nous ne le saurons pas."

"La douleur n'est pas moins forte aujourd'hui, ni le manque, simplement ils se sont faits à moi, ou je me suis faite à eux. Mon deuil, celui-là, est ainsi. Ce n'est pas oublier, ni passer à autre chose,c'est continuer, c'est avancer, elle à mes côtés."

Un beau livre qui invite à ne jamais oublier de savourer tous les instants de bonheur de la vie. Je crois que c'est essentiel en ces temps troublés. 

vendredi 13 novembre 2015

L'Écologie en bas de chez moi de Iegor Gran

J'aime beaucoup Iegor Gran dont je vous ai déjà présenté le dernier roman La Revanche de Kevin ICI


L'éditeur en parle : 

"Il semble qu'aujourd'hui le développement durable soit la seule idéologie qu'il nous reste. De facture relativement récente, on la retrouve cependant partout, tout le temps. Elle accommode l'école, bien sûr, mais aussi le travail, le supermarché, la politique... Le Pape même s'y est mis. Sujet incontournable, consensuel ou presque...
Iégor Gran a voulu comprendre. Était-il le seul à sentir le grotesque des discours moralisateurs, l'insupportable opportunisme marchand des uns et des autres, le culte du déchet, et cette curieuse manière d'idolâtrer la science – quand elle prédit l'avenir – tout en la rejetant quand elle est moteur de progrès ?... Comment font les Français, ce peuple frondeur (au moins en paroles, sinon dans les actes), pour accepter ce culte du geste symbolique, cette immodération vers le bien pratiquée à dose homéopathique et imposée à tout le monde ?
Le plus terrible dans ce déferlement de bonne conscience, c'est que l'on nous invite à ne plus penser. À mettre un sérieux bémol à la culture et à la civilisation au nom d'un danger imminent.
Et comme le développement durable est une idéologie transversale, il permet d'aborder les sujets aussi variés (et passionnés) que les limites de la science, l'opportunisme politique, l'économie de marché, les rapports Nord-Sud, l'avenir de la civilisation, le rapport aux croyances, le rôle de la culture, etc. Iégor Gran ne s'en est évidemment pas privé, concevant son livre comme un arbre de Noël : sur le tronc central de la discussion de fond, il a accroché des notes de bas de page où il explore certains abysses de la bêtise humaine tout en faisant avancer le récit. Car il s'agit d'un récit tout autant qu'un essai, d'une autofiction tout autant qu'un roman."

Les éditions P.O.L. proposent de feuilleter le livre ICI : CLIC


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Comme tout le monde aujourd'hui, je suis sensible à l'écologie, au développement durable, à la survie de notre belle planète. J'avais envie de retrouver l'ironie souvent grinçante de l'auteur sur ce sujet. 


Mon avis après lecture : 

Je m'attendais à une mise en perspective de nos petits travers d'écologistes de salon. J'avoue avoir été un peu déçue. J'ai été déçue de ressentir un certain scepticisme en particulier sur le réchauffement climatique, même s'il est amusant de lire les craintes de refroidissement de la Terre (voire de la glaciation) qui prévalaient dans les années 70. 
J'avoue avoir été également agacée par la quantité de notes de bas de page, parfois supérieure au texte lui-même ; d'ailleurs l'auteur l'a senti et a fini par en parler avec humour (pour noter... en bas de page... qu'il était capable de rédiger un chapitre sans note de bas de page !). 
J'ai toutefois été intéressée par les informations sur le GIEC, instance dont la mission n'est que de compiler des articles scientifiques (sans aucune recherche conduite). J'ai aussi aimé le parallèle entre autofiction littéraire et recyclage... 


Quelques phrases : 

"Quand on ne sait pas ce que l'on va manger dans un mois, la planète, on s'en tape comme de l'an quarante, et l'on a raison."

"[...] l'écrivain d'autofiction est un écrivain responsable. Il ne perd pas de temps à se documenter : il a tout sur place, au fond du nombril et dans son cul, il n'a qu'à se baisser pour cueillir l'inspiration. Il est autosuffisant, comme ceux qui se lavent à l'eau de pluie et font du compost pour faire pousser leurs radis, leurs courgettes."

"J'aime les livres. Quand on pense à tous ces arbres que l'on a réduits en chair à pâté ! Et l'encre, dérivée du pétrole, que les imprimeurs déversent par tonnes dans des écrits comme celui-ci. Et la colle de la reliure ! [...] 
La culture du livre, à commencer par sa fabrication, le savoir-faire des relieurs, des imprimeurs, pour ne prendre que prendre que cette culture-là, est plus précieuse que l'ours polaire, priez pour lui."

Une lecture qui m'a déçue, vraisemblablement parce qu'elle a trop mis en doute ma conscience écolo pourtant sans doute nettement insuffisante... Héhé avouons-le : c'est dérangeant de voir ses convictions mises en doute. Mais je persiste : notre planète mérite d'être sauvée de la folie humaine. À chacun de faire sa part, à sa mesure, pour que nos petits-enfants puissent profiter de notre belle Terre.

NB Ce livre existe en poche. Pour ma part, je l'ai emprunté à la médiathèque. 

samedi 7 novembre 2015

Et je danse aussi d'Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Voici un livre dont j'avais lu d'excellentes critiques un peu partout, ce qui a motivé mon désir de le lire. 


L'éditeur en parle : 

Il y a des livres qui font se sentir bien, que l’on fait circuler de main en main, et qui vous habitent encore longtemps après les avoir refermés.

Et je danse, aussi en fait partie. Roman à deux voix, qui pique la curiosité, le récit par petites touches, rapproche par la magie des mots deux êtres qui ne se sont jamais rencontrés.

Lui a 60 ans, dégarni, ours solitaire. Elle en a 34, et se décrit comme « grande, brune et grosse ». Il est riche et célèbre. Elle est simple et bourrée de complexes. Mais elle écrit si bien… Aussi bien, voire mieux que lui ?

Tout au bout du fil qui les relie soudain, entre badinerie et aveux désarmants, des cicatrices communes émergent peu à peu et le charme opère. Et si cette fièvre d’échanges n’avait rien d’un hasard ? À chacun de le découvrir, au fil des pages de ce roman subtil et frais, qui replace la littérature au centre même de sa raison d’être : tisser un lien entre les cœurs qui battent.

Vous pouvez lire un extrait ICI

À savoir
Et je danse, aussi est le fruit d’une collaboration initiée dans la plus pure tradition des joutes littéraires. Jean-Claude Mourlevat a écrit un premier e-mail à anne-Laure Bondoux, qui s’est piquée au jeu… Ils n’ont ensuite cessé de se surprendre l’un l’autre. Le résultat : une première incursion en littérature générale éclatante du bonheur d’écrire. Un délicieux cocktail de joie de vivre et de légèreté.


Les auteurs
ANNE-LAURE BONDOUX embrasse en 2000 une carrière d’écrivain après avoir été actrice de théâtre, parolière puis journaliste. Elle a publié dix romans pour la jeunesse, et son travail a été récompensé par de nombreux prix, en France et à l’étranger.

Auteur pour la jeunesse depuis plus de quinze ans, JEAN-CLAUDE MOURLEVAT a publié une trentaine de romans et reçu de nombreux prix, tels le prix des sorcières ou le prix des incorruptibles, qu’il a obtenus plusieurs fois. Il est traduit dans une vingtaine de pays


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Ce sont évidemment toutes les excellentes critiques qui figurent sur le livre et sur les blogs des copiNETtes ! Un livre annoncé comme faisant du bien, vous pensez que j'ai eu envie de le lire ! 


Mon avis après lecture : 

Alors, c'est effectivement un livre dont le thème est très original, ce qui fait du bien. L'écriture est elle aussi originale puisque c'est un roman épistolaire mais vivons avec notre temps : il s'agit d'un échange de courriels. C'est aussi un livre facile à lire même si, je l'avoue, j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire dont j'ai trouvé la mise en place un peu lente. Ensuite, l'intrigue s'installe et se noue. L'ensemble est agréable. La fin est selon moi plus douce-amère qu'incurablement optimiste...
Voilà. Pas d'enthousiasme délirant. Mais c'est une lecture sympathique et c'est déjà pas mal ! 


Quelques phrases en passant : 

"Tu es la dernière personne que j'imagine clouée au lit ou dans un fauteuil. Tu dois crever d'ennui et fulminer d'impatience, non ? À ce propos, sais-tu, cher professeur de gymnastique, qu'il existe des objets rectangulaires composés d'une couverture cartonnée avec, à l'intérieur des pages couvertes de petits caractères noirs ? Ça s'appelle des livres. Et je te jure que ça fait rudement bien passer le temps. Pardon, je te charrie, mais ça m'étonnera toujours autant : comment fais-je pour être l'ami d'un type dont la dernière lecture est sans doute le code de la route ?" 

"[...] depuis toujours, j'ai réussi à jouer à l'alchimiste, à tirer de mon malheur la substance de mon écriture, à transmuter mes souffrances pour en faire des objets littéraires et à les apaiser ainsi."

"[...] connaissez-vous la définition d'un ami ? C'est quelqu'un que vous pouvez appeler à 3 heures du matin pour lui dire : je crois que j'ai fait une très grosse bêtise, peux-tu venir avec une bâche et une pelle ? Et il vient."

"[...] les hommes manquent terriblement quand on n'arrive pas à ouvrir son bocal de cornichons, ou pire, son pot de belle gelée de coings."

Bref, un roman épistolaire original qui se laisse lire ! Il existe désormais en poche et doit aussi se trouver dans votre médiathèque.