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mercredi 22 juillet 2015

Rousseau le voile déchiré d'Olivier Marchal

Il y a déjà trois ans que je me promets de lire ce livre et qu'il hante ma PAL... et puis, les contingences, l'oubli, la vie quoi ! Enfin j'ai pris le temps de m'y plonger. 

L'éditeur en parle : 

« Français, on vous tient dans un délire qui ne cessera pas de mon vivant.
Mais quand je n’y serai plus et que votre animosité, cessant d’être attisée, laissera l’équité naturelle parler à vos cœurs, vous regarderez mieux, j’espère, à tous les faits, dits, écrits, qu’on m’attribue… »
Jean-Jacques Rousseau
À tout Français aimant encore la justice et la vérité

Début des années 1770. Bernardin de Saint-Pierre rencontre un Rousseau vieillissant et rejeté par tous, Diderot, D’Alembert, Grimm, Mme d’Épinay…
Quelle est la raison de cette exclusion dont Rousseau est l’objet ? Est-ce bien un complot destiné à le discréditer ?
Bernardin cherche la vérité, il reçoit les confessions de Rousseau et de ses anciens amis afin de faire la lumière sur ce génial égoïste.
Riche de détails méconnus et remarquablement documenté, ce livre s’attache à répondre aux interrogations qui pèsent encore, plus de deux siècles après sa mort, sur le véritable caractère du philosophe le plus marquant des Lumières.

« Fabuleux ! Vous allez redécouvrir Rousseau..  »
Coup de cœur des libraires – Gérard Collard (lci/France info)


Ce qui m'a donné envie de lire : 

C'est la lecture du premier opus sur JJR du même auteur, dont j'avais déjà parlé ICI (clic) il y a des années (honte à moi)... Je dois avouer que j'ai immédiatement acheté ce livre mais qu'il est resté à l'abandon dans ma PAL... Je l'ai ressorti en ce début de vacances et j'ai été contente de retrouver la plume d'Olivier Marchal. 


Mon avis après lecture : 

J'avoue avoir été moins enthousiasmée que lors de ma lecture de Rousseau la comédie des masques. J'ai toutefois apprécié de rencontrer l'auteur des Confessions et de l'Émile ainsi que d'autres philosophes et auteurs du XVIIIe siècle bien présents dans Rousseau le voile déchiré : Bernardin de Saint-Pierre évidemment mais aussi Grimm, Diderot, Condorcet, Julie de Lespinasse et Hume... 
Ce livre qui ne manque pas d'érudition livre une nouvelle clé pour comprendre autrement la personnalité de Rousseau, souvent étiqueté comme paranoïaque obsédé du complot... Et si cela avait été le cas ? 
On sent toute la passion d'Olivier Marchal pour le XVIIIe siècle, passion qui lui fait tenir un blog éclectique sur le sujet : CLIC, blog sur lequel vous pourrez trouver de nombreuses références et informations, mais aussi lire des textes lestes de l'époque... 
J'avoue avoir cherché une nouvelle publication de l'auteur mais je n'en ai pas trouvé. Un peu déçue, j'aurais bien continué à le lire.
J'ai souvent conseillé la lecture de Rousseau la comédie des masques à des lycéens de ma connaissance : je compte réitérer cette année ! Malheureusement, Rousseau le voile déchiré n'existe pas en édition de poche... Dommage !


Quelques phrases ici et là : 

"M'éloigner de Paris pour attirer les regards, leur signifier que moi, Rousseau, je refusais cette connivence avec les puissants. Afficher non seulement ma pauvreté mais également mon indépendance d'esprit. 
Par ma conduite, montrer l'exemple et rappeler à mes compagnons ce qu'ils avaient cessé d'être. 
Devenir une belle âme, la dernière peut-être, dans une société dévoyée. 
Après cela, Diderot me reviendrait, et les autres avec lui. 
C'était là mon espoir en cette année 1756, lorsque je quittai Paris pour emménager dans mon ermitage de Montmorency." 

"Ce n'est pas ma vie que je raconte dans ce livre, dit [Rousseau] d'une voix blanche. J'y confesse d'ailleurs des fautes que je n'ai jamais commises. C'était nécessaire. ainsi, le public prêtera foi à tout le reste, même à ce que je tais, même à ce que je déforme, et il ignorera l'essentiel. 
-- Les fautes de vos proches, laisse tomber Bernardin."

et un extrait de la Correspondance littéraire de Grimm : 

"Monsieur Rousseau a été malheureux à peu près toute sa vie. Il avait à se plaindre de son sort, et il s'est plaint des hommes. Cette injustice est assez commune, surtout lorsqu'on joint beaucoup de d'orgueil à un caractère timide. On souffre de la situation heureuse de son voisin, et l'on ne voit pas que son malheur ne changerait rien à notre infortune."

Un livre de moins dans ma PAL et une lecture qui a complété cette du premier opus : un beau voyage pour voir Rousseau sous un autre jour. 

samedi 4 août 2012

Rousseau, la comédie des masques d'Olivier Marchal

Voici une nouvelle lecture historique qui n'est pas sans rappeler celle que j'avais déjà exposée ICI... Après Voltaire, voici Rousseau ! Rousseau est un auteur auquel je suis très attachée depuis fort longtemps. Je l'ai dévoré quasi intégralement alors que j'étais encore au lycée (pas de date, merci...), c'est un personnage qui a longtemps habité près de chez moi et qui plus est, on fête cette année le tricentenaire de sa naissance, notamment là où je travaille... C'est un auteur souvent mal aimé et la vie qu'on lui prête se résume à une suite de clichés (un parano qui donne des leçons d'éducation mais a abandonné ses enfants). Après dix années de recherches, Olivier Marchal tente de montrer un tout autre Rousseau dans un portrait nuancé.

L'éditeur en parle : d'abord édité aux éditions Télémaque (que je ne connaissais pas), le livre est depuis sorti en poche chez Folio.
"Monstre d’égoïsme, misanthrope maladivement paranoïaque, capable d’abandonner sans remords plusieurs de ses enfants… Jean-Jacques Rousseau est aujourd’hui encore sous le coup d’un jugement sans appel sur ses mœurs et sa personnalité.

En nous plongeant au cœur bouillonnant de la vie mondaine du XVIIIe siècle, de l’intimité amoureuse et psychologique de ses figures les plus célèbres, Olivier Marchal propose un portrait radicalement nouveau, plus attachant et nuancé, de l’auteur des Confessions.

Alors que ses amis Encyclopédistes lui prédisent un avenir glorieux, Rousseau décide inexplicablement de tourner le dos à son destin.
Est-il le jouet de sa propre manipulation ou la victime d’implacables adversaires de l’ombre ?

Riche de détails méconnus, souvent puisés dans les écrits mêmes de Jean-Jacques ou de ses contemporains, cette évocation ressuscite Diderot, Thérèse Levasseur, Grimm, d’Alembert, Louise d’Épinay, Madame Dupin, la comtesse d’Houdetot ou Voltaire…

Tous acteurs d’une troublante Comédie des masques, ils semblent prisonniers de leurs personnages et des soubresauts d’un monde finissant, bouleversé par les visions prémonitoires d’un de ses plus grands pourfendeurs."

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Eh bien, c'est à nouveau une chronique radiophonique de Gérard Collard, ce libraire enthousiaste de Saint-Maur (j'adore l'entendre parler de livres, je trouve qu'il les expose magnifiquement !), comme pour La Baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand. Cette chronique est ICI (clic). En outre, et comme souvent, je me suis dit que cette lecture pourrait sans doute être réalisée par des lycéens...

Mon avis après lecture : 
Je meurs désormais d'envie de lire le second volet, Rousseau, le voile déchiré, et je sens que mes lycéens vont apprendre à connaître cette célébrité locale autrement ! Le blog de l'auteur (héhé un collègue !) est ICI et je sens que je vais le visiter de fond en comble ! Je partage sa passion pour le XVIIIe siècle, siècle fabuleux, intense, et je suis ravie de cette belle découverte !
Un bémol toutefois (bémol qui n'en est un que dans le cadre de l'utilisation professionnelle envisagée) : il s'agit d'une œuvre de fiction (comme l'affirme l'auteur dans un article en trois temps : ICI puis ICI et enfin ICI). D'ailleurs la couverture de l'édition initiale chez Télémaque porte la mention "roman". Il est fort difficile (impossible ?)de faire la part des choses entre fiction et réalité, ce qui est littérairement tout à fait adapté (bravo à l'auteur !), mais qui peut poser problème à de jeunes lecteurs, qui ont toujours du mal à ne pas croire dur comme fer à la véracité des romans qu'ils lisent ("Mais madame finalement, qu'est-ce qui lui arrive à Machin, dans telle œuvre ? -- Eh bien, l'auteur n'en dit rien, donc à toi d'imaginer ! -- Oui, mais en vrai ? -- Eh bien, Machin est un être de papier, donc il n'existe que dans l'imaginaire des lecteurs comme toi..." Oui mais là, c'est Rousseau, on le connaît ou en tout cas, on ne l'ignore pas, et il va être compliqué de faire comprendre que c'est un Rousseau qui nous est proposé ici, une vision de Rousseau, étayée de recherches, mais un Rousseau tout de même incertain dans un roman, "mensonge qui dit la vérité" comme disait Cocteau de l'art, je crois... Bref, le livre a le défaut de ses qualités. Il sonne juste, il donne envie de croire, ce Rousseau-là me plaît ! Même s'il convient de relativiser et de se rappeler que trop d'ambiguïtés subsistent et que l'on ne saura jamais vraiment ce qu'il en a été...


Bonheur de phrases : que le choix fut difficile !

Rousseau et Diderot assistent à la discussion alors que Rousseau vient de recevoir le premier prix de l'Académie de Dijon pour son Discours sur les sciences et les arts.
"Ce brave homme, originaire de Genève [Rousseau donc !], prétend que nos richesses nous corrompent, qu'elles encouragent l'oisiveté ! Nos arts, nos sciences, ne seraient même que le produit funeste de cette oisiveté ! 
-- Comment lui donner tort ? demanda son voisin en prenant l'assistance à témoin. D'ailleurs, à voir nos mines replètes et nos ventres rebondis, on ne peut que s'interroger !"

Diderot qui aurait selon le roman suggéré à Rousseau d'adopter le masque de Diogène le cynique, en lui conseillant de "[s']enfourner dans [son] tonneau" et de "dénoncer [les] nombreux travers" de ses contemporains, le met plus tard en garde : 
"A trop jouer la comédie, le visage dissimulé derrière un masque, on risque quelquefois de ne plus savoir qui on est. Et tu finiras bien par t'y perdre toi-même..."

C'est la comédie des masques du titre, que Julie de Lespinasse évoque à d'Alembert en ces termes (et qui moi, m'a fait penser aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos...) : 
"[...] pour rendre l'existence supportable, nous avançons masqués, en jouant nos rôles avec civilité et urbanité. Certains n'ont aucun effort à fournir pour entrer dans la peau de leur personnage, mais pour d'autres, l'apprentissage est souvent douloureux."

Je ne saurais trop vous conseiller de lire ce livre, qui donne à Rousseau un nouveau visage... Le vrai ? Qui sait ? Peu importe. C'est un livre riche qui procure un réel plaisir de lecture. Que demander de plus ?