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mardi 19 avril 2016

Sauf miracle, bien sûr de Thierry Bizot

Il y a quelques mois, je vous avais présenté une lecture surprise qui m'avait séduite. Souvenez-vous, c'était ICI ! En voici la suite... 


L'éditeur en parle : 

"Longtemps je n'ai pas été particulièrement croyant, et tout allait bien.

Il y a cinq ans, j'ai accepté une invitation à une catéchèse de quartier. J'y suis allé avec des pieds de plomb. L'endroit était sinistre et déprimant.

C'est là que l'inimaginable s'est produit : je me suis mis à aimer Jésus.

Cette rencontre, je l'ai racontée dans Catholique anonyme.

Depuis, tout le monde me demande si cette drôle d'histoire d'amour perdure ou si je suis redevenu « normal ».

Et voilà l'incroyable : non seulement cette liaison se poursuit, mais il m'arrive des choses étonnantes.

On m'a invité à témoigner, à travers la France, dans des réunions privées ou dans des salles de cinq cents personnes. J'y ai croisé des illuminés, des cathos rigides, des chrétiens enthousiastes, des gens sincères et émouvants. Ma femme, plutôt méfiante au sujet de la religion, a décidé de réaliser un film de cinéma inspiré de mon livre. Nous avons mis deux ans à produire Qui a envie d'être aimé ?, sorti en salles en 2011. J'ai entretenu une vraie amitié épistolaire avec une dame de... cent ans. J'ai fait des rencontres surprenantes avec des SDF et j'ai des échanges nourris par internet avec une moniale, cloîtrée dans son monastère...

Ma vie n'a pas changé, mais elle n'est plus tout à fait la même, car mon nouveau boss, c'est Jésus !


Thierry Bizot a créé Éléphant et Cie avec Emmanuel Chain, une société de production à qui l'on doit en particulier le magazine Sept à huit et la série Fais pas ci, fais pas ça. Il a publié trois romans aux Editions du Seuil et, en 2008, Catholique anonyme qui a connu un grand succès.

Un extrait est en ligne ICI


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Je vous l'avais dit en vous parlant de Catholique anonyme ICI, j'avais très envie de lire cette suite. C'est pour cela que j'ai demandé à ma médiathèque préférée de l'acheter et en voici donc ma lecture. 


Mon avis après lecture : 

J'ai préféré le récit de la conversion de Thierry Bizot dans Catholique anonyme, mais j'ai aimé connaître la suite de sa... crise de foi, qui perdure, ce qui est rassurant : quand on a rencontré Jésus, ça change la vie, toute la vie.
J'ai le DVD de Qui a envie d'être aimé (l'adaptation filmique de Catholique anonyme par la femme de Thierry Bizot, dont il est beaucoup question dans Sauf miracle, bien sûr) et j'ai hâte de le voir !


Quelques phrases en passant :

"[...] le fait d'avoir la foi n'est pas une fin en soi. Cela doit vous apporter, à vous ainsi qu'aux autres, quelque chose de concret. Les symptômes de la foi, selon moi, sont la sérénité, la joie et la bienveillance. Dans certaines occasions, plus rares, l'humilité aussi. Plutôt que de monter sur une chaise en salle de réunion et de proclamer votre foi en Jésus, ce qui vous fera passer pour une folle et compromettra votre prochaine augmentation de salaire, faites profiter vos collègues, chaque jour, sans rien dire, de votre sérénité, de votre joie de vivre et de votre intarissable bienveillance à leur égard. Et si, par extraordinaire, l'un d'entre eux vous demande un jour d'où vous viennent ces dons, alors vous lui parlerez de votre foi."

"Dès que je commence à raconter ma rencontre avec Jésus et l'histoire d'amour qui s'est ensuivie, j'oublie tout ce que je voulais dire, et le récit me vient comme il vient, sans que j'aie à le penser. Certes, je raconte toujours la même histoire, la mienne, et cependant les mots pour la dire sont souvent nouveaux et je les découvre alors avec étonnement, car ils m'apprennent beaucoup sur ma relation avec Jésus. C'est comme si une sorte de lumière, douce et limpide à la fois, venait se poser sur mes idées, et des phrases neuves, qui attendaient de s'exprimer, qui patientaient dans la pénombre, se mettent à éclore."

"Je me rappelle une phrase que m'avait écrite Jehanne.
Le vrai bonheur, c'est celui des autres."

Cette double découverte, de Catholique anonyme et de Sauf miracle, bien sûr, m'a donné envie de retrouver des lectures plus spirituelles, dont je ne vous parlerai pas ici, mais qui vont m'accompagner  avec bonheur. 

jeudi 31 décembre 2015

Catholique anonyme de Thierry Bizot

Voici un livre qui n'était pas sur ma PAL. Un livre que je ne devais pas lire "a priori". Et c'est c'est une très belle rencontre. 

L'éditeur initial (Seuil) en parle en citant l'auteur : 


Il faut avoir une sacrée motivation pour faire son coming-out spirituel dans le milieu des médias.

Jusqu’à l’âge de 44 ans, j’ai été un catholique non pratiquant, non communiquant, non convaincu. N’étant pas suicidaire de nature, je n’ai jamais revendiqué mon éducation catholique, afin de ne pas passer pour un ringard, ce qui représente la condamnation ultime pour un producteur de télévision.

Et puis un jour j’ai reçu chez moi une étrange invitation… Un professeur de mes enfants, que j’estime beaucoup, me proposait de venir un soir à une catéchèse pour adultes, à deux pas de chez moi. Plus intrigué qu’autre chose, et désireux de lui faire plaisir, j’ai participé pendant deux mois, de façon décousue et méfiante, à des séances qui me paraissaient intellectuellement intéressantes. J’y suis allé pour me cultiver, un peu comme si j’assistais à des cours de philo…

Et c’est là que j’ai fait une rencontre.

Une rencontre qui a changé toute ma vie.

T.B


Thierry Bizot ne prêche pas. Il raconte avec beaucoup de finesse et de drôlerie ce qui lui est arrivé. Ce récit est aussi le portrait d’un homme d’aujourd’hui, fonceur et anxieux, qui voudrait tout réussir. Vie professionnelle et vie privée sont traitées avec une sincérité totale, un sens aigu de l’observation et de l’autodérision. Croyant ou pas, chacun s’y retrouvera.

Un extrait est en ligne ICI (clic).


Ce qui m'a donné envie de le lire :


Ah la la... c'est bien difficile. Peut-être que c'est lui qui m'a choisie... Que je vous raconte. J'avais un RV chez le coiffeur en début de matinée et un RV chez le médecin en fin de matinée. Entre les deux, pas le temps de rentrer à la maison. D'ordinaire, je ne sors pas sans un livre dans ce genre de circonstances ! Mais là, j'avais clairement tout oublié ! Fort heureusement, la médiathèque n'était pas loin... Je m'y suis donc précipitée. J'ai regardé rapidement et c'est le rayon "Témoignages" qui m'a fait de l'oeil. J'ai hésité entre le nième témoignage d'une collègue enseignante sur les bonheurs et douleurs de notre beau métier et puis le titre Catholique anonyme m'a attirée. J'ai beaucoup attendu chez le médecin et j'ai lu les trois quarts du livre pendant ce temps... C'était hier ! Et aujourd'hui, vite vite, je l'ai terminé. 


Mon avis après lecture : 

J'ai été emportée. J'ai suivi le parcours de Thierry Bizot avec bonheur et peut-être une pointe d'envie. C'est que je ne suis pas en odeur de sainteté (hahaha) pour l'Église : divorcée d'un mariage religieux et remariée... mais je suis persuadée au fond de moi -- oups ça doit être très mal de le penser et encore plus de l'écrire -- que Dieu est Amour inconditionnel, donc plus généreux et plus ouvert que ses représentants. À l'intérieur du "roman" (c'est ce qui est écrit sur la première page), comme un clin d'oeil, j'ai trouvé un marque-page laissé par le précédent lecteur (la précédente lectrice ?), une feuille découpée sur laquelle était écrit en rouge Vie Nouvelle. La coïncidence m'a amusée... 
Ma lecture a été rapide. Boulimique. Et j'ai été vraiment émue par ce récit d'une conversion moderne (les seuls récits de conversion que je connaissais étaient celui de Blaise Pascal et celui de Paul Claudel). De nombreux passages m'ont séduite et je les ai notés précieusement. Et j'ai maintenant très envie de lire la suite : Sauf miracle, bien sûr. Il semble aussi qu'il y ait eu une adaptation filmique réalisée par la femme de l'auteur, Anne Giafferi : Qui a envie d'être aimé ? Je vais regarder dans ma médiathèque préférée !


Bonheurs de phrases en passant : 

"Pour tout ce qui concerne la religion, je suis immature, j'en conviens. Si je comparais ma culture spirituelle à celle que j'ai du roman, elle se limiterait à la Comtesse de Ségur, au "Club des cinq" et à la Bibliothèque Verte", et je serais bien obligé de trouver la littérature peu représentative de ma vie d'adulte... On me conseillerait alors de découvrir Balzac ou Faulkner et ce ne serait pas du luxe. 
Mais je peux me passer de religion mieux que des livres. La preuve, mes seuls contacts avec l'Église ces vingt dernières années ont été les messes de Noël, quelques enterrements, et des mariages, dont le mien. Et enfin cette récente séance de catéchèse. On ne peut pas dire que je sois intoxiqué ! Cela ne m'a pas empêché de bien vivre jusqu'ici."

"Ce programme, dans lequel je m'étais inscrit en touriste, en cynique désabusé et content de lui, m'a fait réfléchir."

"Soudain fond sur moi une vérité toute simple, qui me foudroie : cette petite troupe que j'ai sous les yeux, ces bras cassés, comme il me plaît de les qualifier, eh bien... j'en suis un. 
Je leur ressemble, je suis comme eux et je ne le savais pas. 
Je suis un bras cassé. Un pauvre type comme les autres, qui cherche sa bouée de sauvetage. une âme perdue. Comme chacun d'entre eux. Je ne suis ni mieux, ni moins bien. Je suis fait de la même pâte, du même sang, de la même banalité. Je suis de la race qui murmure. Je n'ai rien de supérieur. Et, si je suis ici, ce n'est pas par hasard."


Voilà donc cette lecture surprise en ce dernier jour de 2015... Nul doute que la suite sera au programme de mes lectures 2016. Un peu de spiritualité ne nuit jamais. 

mercredi 16 septembre 2015

Demain est un autre jour de Lori Nelson Spielman

Voici un livre paru en poche dont le bandeau rouge "qu'avez-vous fait de vos rêves de jeunessse ?" m'a évidemment interpellée, surtout avec l'évocation du phénomène Life List. Qui n'a pas entendu parler de la liste de ce que l'on espère vivre ? 


L'éditeur (Pocket) en parle en citant la quatrième de couverture : 

"Qu'avez-vous fait de vos rêves de jeunesse ?
Brett Bohlinger, elle, a un an pour le découvrir. Pensant hériter de l'empire cosmétique familial à la mort de sa mère, ele apprend que cette dernière, qui avait pour elle de tout autres projets, ne lui a légué qu'un vieux bout de papier : la liste de tout ce que Brett voulait vivre quand elle avait 14 ans. Si elle veut toucher sa part, la jeune femme doit réaliser chaque objectif de cette life list.
Enseigner ? Aucune envie. Un bébé ? Andrew, son petit ami, n'en veut pas. Tomber amoureuse ? C'est déjà fait, grâce à Andrew. À moins que..."

« Légère comme une bulle, cette comédie romantico-initiatique est une leçon d'optimisme. » ELLE

« Une fois entamé ce Bridget Jones drôle et ultra-positif, on a envie de le retrouver comme un oreiller moelleux. » Le Parisien


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Les listes ne sont pas récentes : Sei Shônagon en a déjà établi une véritable collection dans ses Notes de chevet (qui datent du Xe ou du XIe siècle). Mais elles sont... à la mode. En effet, elles vont de pair avec la tendance à organiser, à planifier, à noter. Qui n'a jamais fait sa to-do list ? Et il y a aussi la bucket-list : la liste de ce que l'on veut faire / voir / vivre... avant la fin. D'ailleurs je vous ai déjà présenté le livre de Grégoire Delacourt La Liste de mes envies ICI (clic)
L'idée de cette life list d'ado retrouvée m'a intriguée. D'ailleurs qu'aurais-je écrit à 14 ans si j'avais rédigé une telle liste ? Sans doute que je voulais enseigner... puisque j'en ai toujours rêvé et que j'ai fait moult détours avant de retrouver ce métier qui était ma vocation première... (et l'auteur, Lori Nelson Spielman est enseignante, elle aussi). Mais quoi d'autre ? Je me le demande...


Ce que j'en pense après lecture : 

J'ai beaucoup aimé la parfaite connaissance qu'a la mère de Brett de sa fille : l'idée qu'elle devine ses erreurs de départ m'a bien fait rire.
Vive la légèreté de ces lectures qui font du bien et donnent le sourire. C'est vraiment un feel-good book, un remonte-moral et pour bien débuter l'année scolaire, c'est exactement la lecture qu'il me fallait avant de replonger dans des lectures plus sérieuses et plus littéraires ! 


Quelques phrases en passant : 

"Je crois que tout le monde mérite une amie horriblement effrontée, à la fois mortifiante et exaltante, cette amie dont les commentaires crus provoquent un rire hystérique tandis que vous regardez par-dessus votre épaule pour vous assurer que personne ne vous écoute. Megan est cette amie."

"Quand as-tu décidé qu'il te fallait être parfaite ? J'ai beau essayer, je ne vois pas du tout quand c'est arrivé mais, quelque part sur le chemin de ta vie, tu as perdu ton audace. La petite fille joyeuse qui adorait raconter des histoires et danser est devenue anxieuse et mal assurée." (écrit la mère de Brett... )

"En tant que mères, notre tâche n'est pas d'élever des enfants mais d'élever des adultes." (a-t-on dit à la mère de Brett...)

"« Demain est un autre jour. » Mais j'aime ce jour-ci [...] avec ses nuages, son orage et tout le reste."

Envie d'une lecture-doudou positive ? Allez-y ! Le livre est paru en poche, c'est l'occasion ! 

mercredi 12 août 2015

Les Gens heureux lisent et boivent du café d'Agnès Martin-Lugand

Voici un livre dont tout le monde a beaucoup parlé lors de sa sortie en grand format, puisque c'est, si je ne me trompe, un conte de fées de l'auto-édition dont tout auteur rêve. En effet, c'est sur la plate-forme Kindle qu'Agnès Martin-Lugand a publié son roman, avant qu'il ne soit repéré par les éditions Michel Lafon. 


L'éditeur en parle : 

« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »
Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.
L’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique, tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a d’autre choix que de faire avec.

Un extrait est en ligne ICI


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

En réalité, j'ai de nouveau entendu parler de ce roman parce que la suite vient de sortir. Ma libraire préférée l'avait en poche et je me suis dit : pourquoi pas ? 


Mon avis après lecture : 

J'ai été agréablement surprise. Le roman m'a séduite : c'est une lecture parfaite pour les vacances, dont j'aimerais beaucoup lire la suite ! L'héroïne est attachante et ne sombre pas dans le pathos malgré l'histoire atroce qui s'abat sur elle. On a envie qu'elle s'en sorte et la fin est ouverte, ce qui permet d'ailleurs qu'il y ait une suite, apparemment un succès d'ailleurs (alors que le deuxième roman d'Agnès Martin-Lugand a trouvé moins de lecteurs semble-t-il). 
Je n'ai pas relevé beaucoup de phrases cela dit...


Un passage tout de même : 

"C'était difficile de me sentir chez moi, rien ne me rappelait ma vie d'avant. La nuit n'était pas éclairée par les lampadaires ni animée par les bruits citadins. Lorsque le vent faiblissait, le silence en devenait oppressant. J'aurais rêvé que mes voisins (toujours absents) fassent une grosse fête pour avoir une berceuse. Les odeurs entêtantes des pots pourris n'avaient rien à voir avec celle du parquet ciré de notre appartement, et l'anonymat des commerces parisiens était définitivement très loin."

Je compte lire la suite : La Vie est facile, ne t'inquiète pas si elle est disponible à la médiathèque ! 

mercredi 22 octobre 2014

Le quatrième mur de Sorj Chalandon

Cela fait un moment que je voulais lire ce livre, prix Goncourt des Lycéens 2013, ce qui est toujours de bon augure. Le Livre de Poche vient de le sortir, j'en profite, d'autant que cela me permet de participer au challenge Les Anciens sont de sortie (CLIC) de Stephie, du blog Mille et une frasques (CLIC)

L'éditeur en parle avec un résumé et quelques critiques : 
L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne. S. C.

Rarement fiction fit autant ressentir l’intensité d’une guerre civile en y accolant la thématique du théâtre comme arme rhétorique et politique. Ici battent des cœurs et tonne le monde. Hubert Artus, Lire.

Brûlant, fiévreux et désespéré, d’une violence inouïe. Thierry Gandillot, Les Echos.

Bouleversant, magistral. Transfuge.

Ce qui m'a donné envie de le lire :
J'apprécie en général beaucoup les romans choisis par les lycéens pour leur Goncourt (souvent davantage que eux choisis par les adultes, mais bon, passons...) et là, il se trouve que deux lycéennes de ma connaissance ont choisi de faire un TPE utilisant ce roman. J'ai donc joint l'utile à l'agréable ! 

Mon avis après lecture :
Une grande claque. Vraiment. J'ai adoré ce roman loin d'un manichéisme simpliste (du genre la guerre, c'est mal) qui nous renvoie à nos faiblesses d'humain, à nos grandeurs aussi. Le style journalistique ne m'a pas dérangée, bien au contraire, je trouve qu'il correspond parfaitement à l'histoire. En outre, j'avoue être parfois agacée par le côté le style pour le style de certains romans contemporains, qui donne parfois l'impression que l'auteur veut absolument concourir dans la catégorie littéraire mais surtout pas dans la catégorie raconteur d'histoire... Là, tout y est : l'histoire, les personnages, et le style percutant tellement en accord avec ce qui est raconté qu'on n'y pense pas (pour moi, c'est ça le talent : ne pas montrer les ficelles ;-). Je n'avais jamais lu de livre de cet auteur mais c'est sûr, ce ne sera pas le dernier. Et je connais des lycéens qui vont le lire aussi ;-)

Quelques phrases en passant : 

"Je voulais faire du théâtre, mon père m'a contraint à l'Histoire. Il m'offrait sa minuscule chaire, c'était tout ce qu'il avait pour moi et je l'ai acceptée. Licence, maîtrise, Capes manqué deux fois, études à n'en plus finir, puis surveillant de réfectoire et de cour de récréation en espérant prendre un jour sa place derrière le bureau d'un maître. Le théâtre ? 
-- Le théâtre, c'est le week-end, comme le jardinage, disait-il.
C'était ainsi. Nous avions l'Histoire en commun mais pas d'histoire commune."

"La guerre, c'était ça. Avant le cri des hommes, le sang versé, les tombes, avant les larmes infinies qui suintent des villes, les maisons détruites, les hordes apeurées, la guerre était un vacarme à briser les crânes, à écraser les yeux, à serrer les gorges jusqu'à ce que l'air renonce. Une joie féroce me labourait. J'ai eu honte. Je n'avais pas peur. J'ai eu honte. J'étais en enfer. J'étais bien. Terriblement bien. J'ai eu honte. Je n'échangerai jamais cet effroi pour le silence d'avant. J'étais tragique, grisé de poudre, de froid, transi de douleur."

"Comédie, tragédie, tout ce que tu veux ! Mais maintenant que ton ami va mourir, que les Israéliens sont à Beyrouth et que tout le monde tire sur tout le monde, je dis qu'il faut tout arrêter. Vous ne porrez plus monter Antigone, tu m'entends ? C'est fini, Georges. Tu n'es pas au-dessus de cette guerre. Personne n'est au-dessus de la guerre. Il n'y a plus d'autre tragédie ici que la guerre."

Voilà donc ma première participation au challenge de Stephie (CLIC) avec un livre que je ne suis pas près d'oublier. 



mercredi 30 avril 2014

La Reine des lectrices d'Alan Bennett

Voici un petit livre tout à fait sympathique, qui m'a été offert il y a quelques mois pour l'achat de deux autres livres de la même collection (Folio). J'ai profité d'un stage à la Capitale avec trajet en transports en commun pour le lire ! 

L'éditeur en parle : 
"Que se passerait-il outre-Manche si Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture? Si, d'un coup, rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux?
C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde so British de Buckingham Palace s'inquiète. Du valet de chambre au prince Philip, tous grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor.
Un succès mondial a récompensé cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture."

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Comme je vous l'ai dit, on me l'a offert. Mais je sus sûre d'avoir lu il y a des mois ou peut-être des années, des commentaires élogieux sur des blogs amis... J'ai dû l'inscrire sur ma LAL (liste à lire) ! MPais elle est démesurée... alors il a patienté. 

Mon avis après lecture : 
J'ai beaucoup aimé ! C'est drôle et tendre, et le livre y tient la plus grande place : comme vous le savez, cela ne peut que me plaire ! Un seul regret : ne pas l'avoir lu plus tôt. Ah non, un second regret : que le livre soit si court ! 


Bonheur de phrases : 
"[...] être briefé, ce n'est pas lire : c'est même exactement l'inverse. Le briefing doit être concis, concret, efficace. La lecture est désordonnée, décousue et constamment attrayante. Le briefing vise à clore une discussion, la lecture ne cesse de la relancer."

"Après tout [...], les romans ne sont pas nécessairement conçus pour suivre le plus court chemin d'un point à un autre."

"On n'écrit pas pour rapporter sa vie dans les livres, mais pour la découvrir."

"Chaque livre, à tout prendre, porte en lui un autre livre."

Lecture rafraîchissante, vraiment agréable : j'ai passé dans le train, le métro et le RER (oui j'ai crapahuté !) un très bon moment !

vendredi 16 août 2013

Comment je suis devenu un écrivain célèbre de Steve Hely

Voici un livre qui parle d'écriture et qui a stagné dans ma PAL des mois (euh... des années en fait !). 

L'éditeur en parle : 
"Vous avez déjà lu Harry Potter, un roman de Dan Brown ou de Mary Higgins Clark ? Ce livre est fait pour vous !
Élu meilleur premier roman de l’année 2009 par le Washington Post.

Vous voulez :
o Être célèbre et respecté ?
o Habiter une maison splendide avec vue sur l’océan ?
o Avoir suffisamment d’argent pour ne plus jamais être obligé de travailler ?

Si vous avez coché au moins une des cases ci-dessus, vous avez quelques points communs avec Pete Tarslaw, le héros de ce roman. Et vous allez sûrement être heureux de savoir qu’il a trouvé la solution idéale pour réaliser ses rêves : écrire un best-seller ! L’idée est séduisante, certes, mais il n’y a, hélas, pas de recette infaillible pour fabriquer un livre à succès. Quoique… Si un vrai talent d’écrivain n’est pas nécessaire (au contraire, cela pourrait même être un handicap), une façon de sentir l’air du temps et de s’y conformer avec assez d’esprit peut en revanche être suffisante. Étudier les livres qui fonctionnent, trouver un sujet de nature à séduire le service marketing d’une maison d’édition, qui plus est adaptable au cinéma, surtout s’inventer une légende personnelle susceptible de séduire les journalistes… et le tour est joué.

Avec ce roman irrésistible et formidablement moderne, Steve Hely nous donne un tableau au vitriol de l’industrie du livre. Une lecture indispensable, qui vous obligera à revoir radicalement tout ce que vous pensiez de l’art, du talent, de la littérature – et de la célébrité !

Steve Hely est écrivain et producteur. Il écrit régulièrement dans la revue The Believer. Comment je suis devenu un écrivain célèbre est son premier roman. Les droits d’adaptation du livre ont été achetés par John August, scénariste attitré de Tim Burton."

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Eh bien, c'est... une chronique d'Ali Baddou dans Le grand Journal sur Canal +, c'est vous dire si cela date puisque cela fait deux saisons qu'il n'y est plus. Mais j'avoue, ensuite, le livre a gagné ma PAL dont il n'est plus sorti et il a été rapidement enfoui sous d'autres romans... 

Mon avis après lecture :
J'ai beaucoup aimé le thème et la manière de le traiter, même si le recours au langage familier m'a paru inutilement systématique au début. Par la suite, je me suis accoutumée à ce style mais je reste persuadée que le langage courant aurait convenu tout aussi bien à la plupart des pages !  

Bonheur de phrases : les propos de Preston, quelques clichés sur l'écrivain...

"Il y a des gens qui prétendent que le roman est mort.[...] Je ne suis pas de cet avis, disait-il. L'écriture est un gourdin que je brandis pour chasser les brigands qui voudraient réduire en cendres les trésors du cœur humain. Aujourd'hui, nous sommes submergés par les images, il y a des écrans vidéo partout. [...] Mais les mots comptent encore. Les mots brisent et apaisent encore des cœurs."
"Seuls les mots ont le pouvoir de réparer les cœurs."
"Pour faire le meilleur au pire moment et espérer en des temps calamiteux. C'est pour ça que j'écris."

Les propos du narrateur Pete Tarslaw :

"Le succès financier d'un auteur est inversement proportionnel à la qualité littéraire de son ouvrage. Prenez les auteurs de la Bible. Ces andouilles qui passaient leur temps à déchirer leurs vêtements, à manger de la merde de cafads dans des grottes du désert de Gaza et à griffonner des révélations torturées sur du papyrus avant de se faire lapider jusqu'à ce que mort s'ensuive ou de succomber à des épidémies. Prenez Herman Melville, qui parvint péniblement à échapper à ses dettes en fixant les droits de douane sur des caisses de laine d'importation dans le port de New York pendant vngt ans. Pendant ce temps, Pamela McLaughlin, dont les livres se lisent et s'oublient dans le temps qu'il faut pour que le traiteur chinois apporte votre commande, se rend en hélicoptère privé dans une pile des Caraïbes qu'elle possède."
"Quand on pense aux grands écrivains, écrire un roman semble une activité extrêmement romantique. [...]
On se fait des illusions. Écrire un  roman est une activité pitoyable et assommante. N'importe quel individu doté d'un minimum de sens commun détestera ça. C'est presque aussi monotone que de jouer au Tetris toute la journée."

 La réponse de Preston :

"Je fais de mon mieux. Parce que je suis écrivain. Et c'est ça, le métier d'un écrivain. C'est ça, le métier d'un être humain. Essayer d'exprimer cette folie qu'on appelle le monde. Cette joie et cette tristesse qu'on appelle la vie. Oui monsieur, j'écris. Et si vous pensez que tout mon travail est une espère de combine, ou une espèce de sottise, eh bien laissez-moi  vous dire la chose suivante en des termes que vous comprendrez : si vous pensez que je suis un vieux bonhomme stupide qui croit encore en des absurdités comme la vérité, l'amour, la beauté, l'honneur, la fierté, la tristesse et la joie, eh bien vous avez fichtrement raison."

Après lecture, on n'a pas forcément envie de devenir un écrivain célèbre comme Pete, mais on a passé un bon moment !
Ah oui, j'ai tellement attendu pour le lire qu'il est à présent disponible en poche, avec une jolie couverture rouge !

mercredi 7 août 2013

Le Club des Tricoteuses du Vendredi Soir de Kate Jacobs

Héhé si vous lisez mon autre blog, vous savez que de temps en temps, je tente de croiser les aiguilles ;-), c'est donc encore une lecture-détente sortie en poche que je vous propose !

L'éditeur en parle : 
"Elles sont sept. Sept femmes de 18 à 78 ans vivant à New York. Le vendredi soir, elles se retrouvent pour tricoter... et parler de leurs vies. Elles dévoilent leurs joies et leurs difficultés d'être tout à la fois femmes, mères, amantes, filles et amies.
Les destins croisés de femmes ordinaires : un roman émouvant comme la vie."

Ce qui m'a donné envie de le lire :  
Héhé c'est que j'ai pas mal de copiNETtes tricoteuses et que nous avons déjà émis l'hypothèse de nous retrouver dans un salon de thé créé par l'une d'entre nous (pourquoi pas ?) pour un tricot-thé... alors forcément, le titre m'a parlé ! 

Mon avis après lecture : 
J'ai eu quelques difficultés à me repérer dans les personnages : les prénoms ne me sont pas familiers, ainsi, j'ai attendu la toute fin du livre pour comprendre que les jumeaux de Darwin étaient une fille et un garçon, j'ai pensé presque tout le long du livre qu'il s'agissait de deux garçons ! Mais j'ai bien aimé lire les histoires croisées de ces femmes, même si certains points m'ont semblé... cousus de fil blanc (ou devrais-je dire tricotés de laine blanche ?). Je dois dire enfin (et surtout !!!!) que j'ai été séduite par les trois épilogues : le modèle de la couverture en laine Georgia, et les deux recettes : celle des muffins aux pommes et au sirop d'érable du Club des tricoteuses du vendredi soir et celle du granité aux framboises et au citron vert préféré de Catherine. Tout cela est à tester !


Bonheur de phrases : des phrases comme en écho à certaines pensées qui m'habitent

"Elle n'arrivait pas à se débarrasser du sentiment tenace qu'elle n'avait vraiment sa place nulle part."

"Parfois, Catherine se rendait responsable de tout. Elle avait l'impression d'avoir été punie pour ses erreurs -- par Dieu ? par l'Univers ? Ainsi, elle savait ce qu'on pouvait ressentir lorsqu'on se retrouvait seul et abandonné."

"Les gens changent. La vie est un processus qui nous permet de trouver qui nous sommes." (note perso : certains cherchent longtemps, voire cherchent toujours je crois...)

"Comme c'était étrange, réalisa-t-elle tout à coup, qu'en tant que spécialiste de l'histoire de l'art, elle ait passé des années à admirer la forme -- la beauté et la perfection -- sans jamais s'interroger sur les hommes qui se cachaient derrière ces belles statues. Ces sujets, qui mettaient en avant leurs plus belles qualités, tout en gardant leurs problèmes intimes pour eux. 
Les artistes qui choisissaient de ne représenter que les traits idéaux, ignorant par exemple les doubles mentons, les cicatrices, les rides. Et, en procédant ainsi, ces hommes d'un immense talent avaient effacé tout ce qui rendait unique chacun de leurs modèles."

Ce livre est la traduction du tome 2 d'une saga. C'est bizarre que l'éditeur n'ait pas jugé utile de traduire le tome 1.  En revanche le tome 3 (si j'ai bien compris) sort fin août en poche sous le titre Le Club des Tricoteuses : d'une vie à l'autre. On verra si je me laisse tenter pour une lecture de vacances !

vendredi 26 juillet 2013

Les Revenants de Laura Kasischke

Voici ma dernière lecture estivale... 

L'éditeur en parle : (édition Livre de Poche). 

"Une nuit de pleine lune, Shelly est l’unique témoin d’un accident de voiture dont sont victimes deux jeunes gens. Nicole, projetée par le choc, baigne dans son sang, et Craig, blessé et en état de choc, est retrouvé errant dans la campagne. C’est du moins ce qu’on peut lire dans les journaux mais c’est une version que conteste Shelly. Un an après, Craig ne se remet toujours pas. Il ne cesse de voir Nicole partout… Serait-il possible que, trop jeune pour mourir, elle soit revenue ?
Les Revenants s’impose comme le concentré de tout ce qui se jouait jusque-là en sourdine dans l’œuvre de Laura Kasischke. Personne n’est innocent, et sûrement pas ceux qui s’affichent comme tels. Nelly Kaprièlan, Les Inrockuptibles.
Enquête palpitante, réflexion sur notre rapport à la mort, ce roman polyphonique est aussi une charge corrosive contre l’Amérique puritaine, ses hypocrisies, son culte du secret. Jeanne de Ménibus, Le Journal du Dimanche."

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
J'ai lu beaucoup d'articles élogieux, le thème m'a semblé sympa, et le livre est paru en poche... Toutes ces raisons ont motivé ma lecture ! 

Mon avis après lecture : 

Je n'ai pas été enthousiasmée, je l'avoue. L'histoire est bien trouvée et intéressante. Mais la polyphonie est devenue pour moi cacophonie ! Le changement de point de vue, de date, etc. à chaque chapitre m'a été franchement pénible. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, à me repérer dans les personnages... Leiloona sur Bric à Book ICI (clic) parle d'un déclic à partir de la deuxième partie... Dolly, du blog Livres et Compagnie, a dévoré les cent dernières pages (CLIC). Pour moi le déclic ne s'est pas produit. La narration éclatée, un peu, ça va, mais sur 664 pages, c'est lassant, ça fait système ! De plus, la fin est tout de même fort attendue (j'avais compris l'essentiel dès la page 105... je dois avoir trop regardé les séries américaines). Bref, c'est une fois de plus la confirmation que je ne suis pas une fan de polar (même quand ils ne s'avouent pas ;-). Et pour ceux qui l'ont lu, je suis aussi contre les violences faites aux animaux.

Voilà ! C'est rare que je parle d'une lecture qui ne m'a pas vraiment plu... En général, quand ça ne me plaît pas, je ne finis pas le livre : j'ai tant de choses qui me tentent, je refuse de m'obliger à terminer quelque chose qui me pèse, et je n'en parle pas ici (le dernier livre que j'ai arrêté de lire était aussi un genre de polar je crois...). Ce livre est donc... particulier pour moi. J'espère que ma prochaine lecture me satisfera davantage !

lundi 15 juillet 2013

La Vie commence à 20h10 de Thomas Raphaël

Voici un livre que j'ai lu très vite, un "page-turner" addictif, comme indiqué sur le vrai-faux bandeau de couverture, et vraiment plaisant. 

L'éditeur en parle : j'ai eu du mal à en trouver trace et c'est finalement sur le site Flammarion (premier éditeur en grand format du livre) que j'ai trouvé ceci :
"Sophie peine à terminer sa thèse à Bordeaux. Elle croise Joyce Verneuil, productrice de télévision, à qui elle fait lire son premier roman, refusé par plusieurs éditeurs. Joyce lui promet de recommander son manuscrit à un grand éditeur parisien, mais à la condition que Sophie la suive dans la capitale et travaille avec elle. Marc, son compagnon, et sa mère ne sont pas d'accord, mais sont-ils obligés de le savoir ?"

L'auteur en parle sur son blog ICI (clic) avec une vidéo très sympa.
Et il cite la quatrième de couverture : 
"Si, si, tout va bien, je vous assure.
Après, à trente ans, j’avoue, j’imaginais ma vie un peu différemment. J’aurais bien aimé avoir terminé ma thèse. Avoir un job, un salaire, tout ça. Et si un éditeur avait pu accepter le roman que j’ai écrit en secret…
Quand une productrice propose à Sophie tout à la fois (un job et la promesse que son roman sera publié), ça sort du cœur : oui ! Malheureusement pour elle, le job en question consiste à fabriquer un feuilleton télé. Un feuilleton télé ? Quelle horreur ! En même temps, une double vie, ça n’est pas si compliqué…"

Ce qui m'a donné envie de le lire :
Je pense que c'est un billet sur un blog qui m'a donné cette envie, mais je suis bien incapable de le retrouver, mille pardons... à moins que ce ne soit en voyant la couverture chez mon libraire... En tout cas, le pitch m'a séduite et c'est une bonne chose : j'ai passé un excellent moment de lecture !

Mon avis après lecture :
Je me suis laissé prendre et me suis identifiée à Sophie ! Ceux qui me connaissent savent que mon parcours est bien loin de n'être que littéraire. Mais je me suis reconnue dans ce portrait d'une littéraire pure et dure qui découvre La Vie La Vraie, avec toutes les nécessités d'audience et de lisibilité pour satisfaire un public très éloigné des thèses de lettres modernes... Il n'y a pas que le regard qu'on porte sur soi, il y a aussi le regard des autres et les clichés qui ont cours...
Les relations entre Sophie et Joyce m'ont rappelé Le Diable s'habille en Prada. Et les rêves d'édition de Sophie sont ceux de nombreux "écrivaillons" dans mon genre ou autre ! 
J'ai donc beaucoup aimé cette lecture, et j'attends impatiemment la sortie en poche (mon côté radin... désolée !) de la suite : Le Bonheur commence maintenant, tout un programme qui correspond parfaitement au mien ! 

Bonheur de phrases : et un éclairage sur les séries qui rendent "accros" !

"Moi aussi j'aime Woody Allen. Mais quand tu écris un soap, que tu t'adresses à tout le monde, tout doit être immédiat. Jamais de second degré. Attention, quand je dis platitude, je ne parle que des dialogues, pas des histoires. Le public vient pour des histoires fortes et des personnages vrais. Ne laisse jamais passer une réplique qu'une personne réelle ne dirait pas."

"Le vrai talent, c'est d'anticiper quelles histoires plairont au public."

"Quand on raconte une histoire, ça n'intéresse personne de savoir quel traumatisme a provoqué telle faille, tel besoin. Au fond de nous, on sait très bien que ça ne marche pas comme ça. Ce qui nous intéresse, c'est ce qu'on arrive à faire, à construire, à partir de nos failles et de nos besoins. Ce qui nous intéresse, c'est comment on gère qui on est. Comment on arrive à construire la meilleure vie possible à partir de ce qu'on a."

"Quand on sait vraiment ce qu'on veut, on finit toujours par l'obtenir."

Et si le plus difficile était de savoir ce qu'on veut ? Hihi moi je veux... lire la suite. Et plein d'autres choses ;-)
Et vous ? Si vous profitiez donc du soleil pour lire ce livre dans une chaise longue ? Je vous souhaite de passer un aussi agréable moment en compagnie de Sophie et de La Vie La Vraie.

EDIT : ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii c'est chez ma copiNETte Sarah du blog Mes petites récrés (clic) que j'ai lu (en janvier dernier !) un article sur ce livre ICI (clic) !

vendredi 1 février 2013

La dernière enquête du chevalier Dupin de Fabrice Bourland

Une petite lecture de polar en passant. Je vous ai déjà dit que les polars ne sont pas forcément mes lectures favorites, mais j'ai acheté ce livre au salon des auteurs dont je vous ai parlé sur mon autre blog ICI. Pourquoi donc me direz-vous ? Eh bien.. à cause, évidemment, du bandeau : toute la vérité sur la mort de Nerval ! Un polar qui parle de littérature, comment résister ?

L'éditeur en parle : 
"Malgré les certitudes du préfet de la police parisienne et des autorités, la fin tragique de Gérard de Nerval laisse planer bien des doutes. Retrouvé pendu aux barreaux d'une grille dans la sordide rue de la Vieille-Lanterne, le poète français s'est-il suicidé dans un moment de folie ou a-t-il été assassiné ? Sollicités par un proche de la victime, le chevalier Charles Auguste Dupin et son ami américain enquêtent sur les circonstances de cette mort suspecte. Une momie égyptienne, une secte d'illuminés du XVIIIe siècle, un daguerréotype, un corbeau solitaire... Quelques indices suffiront à l'esprit acéré du célèbre détective pour les conduire sur le chemin d'une vérité étonnante, qui changera à tout jamais le cours de leur existence. Entre jeu littéraire et jeu de l'esprit, Fabrice Bourland fait revivre, en hommage à Edgar Allan Poe, la figure légendaire du chevalier Dupin"

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Je vous l'ai dit : la référence à la mort de Nerval et à son élucidation ! Fabrice Bourland faisait partie des auteurs invités au salon des auteurs où je me suis rendue, son roman était exposé, et voilà ! C'est tout simple ! 

Mon avis après lecture : 
Hélas... L'ouverture sur le supposé avant-propos de l'éditeur mettant en doute l'auteur et attirant le lecteur vers le "mystérieux traducteur dont la signature, à la fin de l'ouvrage, sonne comme une plaisanterie" m'avait mis la puce à l'oreille... 
Je n'aime pas les polars et ce n'est pas celui-ci qui va me réconcilier avec le genre, malgré son côté historico-littéraire... Le roman est écrit à la première personne, par monsieur Carter Randolph (personnage de Lovecraft), mais censément par Edgar Allan Poe. En effet, une note de bas de page précise les titres de "[s]es histoires -- au moins les trois premières--" : Double Assassinat dans la rue Morgue, Le Mystère de Marie Roget et La Lettre volée et le traducteur évoqué dans l'avant-propos et qui signe la dernière page est un certain "Charles Beau de l'Ers". 
C'est sans doute pour aller vers l'extraordinaire des histoires de Poe que l'histoire sort du roman policier pour aller vers l'invraisemblable, qui ne m'a guère convaincue.

Bonheur de phrases : 
Une citation d'abord : 
"Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville
Change plus vite, hélas ! que le coeur d'un mortel)" 
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, "Le Cygne"

Et ensuite, une pensée pour Zola (et La Curée...) : "jusqu'en 1855, date de notre affaire, Paris n'avait encore pratiquement pas changé. 
Par malheur, à partir de la fin des années 1850, l'empereur Napoléon III conçut pour sa ville le pharaonique projet d'en faire la capitale du XIXe siècle, et ce faisant, les urbanistes du baron Haussmann s'en donnèrent à cœur joie. Des quartiers entiers furent démolis, des rues nouvelles percées, des immeubles bâtis -- tous sur le même modèle --, des promenades plantées, des rivières asséchées, d'autres inventées, des étangs artificiels creusés, tout cela pour faire place en maints endroits à la ville nouvelle que tu connais, mais qui, pour moi, évoque une ancienne maîtresse que l'on retrouve après une longue absence, la taille avachie et les traits déformés."

Bref, je suis restée sur ma faim et je trouve que la promesse du bandeau "Toute la lumière sur la mort de Nerval" n'est pas tenue ! Mais ce n'est pas pour cela que ce petit roman (ou cette longue nouvelle) ne trouvera pas son public ! C'est ce que je souhaite à l'auteur.

samedi 4 août 2012

Rousseau, la comédie des masques d'Olivier Marchal

Voici une nouvelle lecture historique qui n'est pas sans rappeler celle que j'avais déjà exposée ICI... Après Voltaire, voici Rousseau ! Rousseau est un auteur auquel je suis très attachée depuis fort longtemps. Je l'ai dévoré quasi intégralement alors que j'étais encore au lycée (pas de date, merci...), c'est un personnage qui a longtemps habité près de chez moi et qui plus est, on fête cette année le tricentenaire de sa naissance, notamment là où je travaille... C'est un auteur souvent mal aimé et la vie qu'on lui prête se résume à une suite de clichés (un parano qui donne des leçons d'éducation mais a abandonné ses enfants). Après dix années de recherches, Olivier Marchal tente de montrer un tout autre Rousseau dans un portrait nuancé.

L'éditeur en parle : d'abord édité aux éditions Télémaque (que je ne connaissais pas), le livre est depuis sorti en poche chez Folio.
"Monstre d’égoïsme, misanthrope maladivement paranoïaque, capable d’abandonner sans remords plusieurs de ses enfants… Jean-Jacques Rousseau est aujourd’hui encore sous le coup d’un jugement sans appel sur ses mœurs et sa personnalité.

En nous plongeant au cœur bouillonnant de la vie mondaine du XVIIIe siècle, de l’intimité amoureuse et psychologique de ses figures les plus célèbres, Olivier Marchal propose un portrait radicalement nouveau, plus attachant et nuancé, de l’auteur des Confessions.

Alors que ses amis Encyclopédistes lui prédisent un avenir glorieux, Rousseau décide inexplicablement de tourner le dos à son destin.
Est-il le jouet de sa propre manipulation ou la victime d’implacables adversaires de l’ombre ?

Riche de détails méconnus, souvent puisés dans les écrits mêmes de Jean-Jacques ou de ses contemporains, cette évocation ressuscite Diderot, Thérèse Levasseur, Grimm, d’Alembert, Louise d’Épinay, Madame Dupin, la comtesse d’Houdetot ou Voltaire…

Tous acteurs d’une troublante Comédie des masques, ils semblent prisonniers de leurs personnages et des soubresauts d’un monde finissant, bouleversé par les visions prémonitoires d’un de ses plus grands pourfendeurs."

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Eh bien, c'est à nouveau une chronique radiophonique de Gérard Collard, ce libraire enthousiaste de Saint-Maur (j'adore l'entendre parler de livres, je trouve qu'il les expose magnifiquement !), comme pour La Baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand. Cette chronique est ICI (clic). En outre, et comme souvent, je me suis dit que cette lecture pourrait sans doute être réalisée par des lycéens...

Mon avis après lecture : 
Je meurs désormais d'envie de lire le second volet, Rousseau, le voile déchiré, et je sens que mes lycéens vont apprendre à connaître cette célébrité locale autrement ! Le blog de l'auteur (héhé un collègue !) est ICI et je sens que je vais le visiter de fond en comble ! Je partage sa passion pour le XVIIIe siècle, siècle fabuleux, intense, et je suis ravie de cette belle découverte !
Un bémol toutefois (bémol qui n'en est un que dans le cadre de l'utilisation professionnelle envisagée) : il s'agit d'une œuvre de fiction (comme l'affirme l'auteur dans un article en trois temps : ICI puis ICI et enfin ICI). D'ailleurs la couverture de l'édition initiale chez Télémaque porte la mention "roman". Il est fort difficile (impossible ?)de faire la part des choses entre fiction et réalité, ce qui est littérairement tout à fait adapté (bravo à l'auteur !), mais qui peut poser problème à de jeunes lecteurs, qui ont toujours du mal à ne pas croire dur comme fer à la véracité des romans qu'ils lisent ("Mais madame finalement, qu'est-ce qui lui arrive à Machin, dans telle œuvre ? -- Eh bien, l'auteur n'en dit rien, donc à toi d'imaginer ! -- Oui, mais en vrai ? -- Eh bien, Machin est un être de papier, donc il n'existe que dans l'imaginaire des lecteurs comme toi..." Oui mais là, c'est Rousseau, on le connaît ou en tout cas, on ne l'ignore pas, et il va être compliqué de faire comprendre que c'est un Rousseau qui nous est proposé ici, une vision de Rousseau, étayée de recherches, mais un Rousseau tout de même incertain dans un roman, "mensonge qui dit la vérité" comme disait Cocteau de l'art, je crois... Bref, le livre a le défaut de ses qualités. Il sonne juste, il donne envie de croire, ce Rousseau-là me plaît ! Même s'il convient de relativiser et de se rappeler que trop d'ambiguïtés subsistent et que l'on ne saura jamais vraiment ce qu'il en a été...


Bonheur de phrases : que le choix fut difficile !

Rousseau et Diderot assistent à la discussion alors que Rousseau vient de recevoir le premier prix de l'Académie de Dijon pour son Discours sur les sciences et les arts.
"Ce brave homme, originaire de Genève [Rousseau donc !], prétend que nos richesses nous corrompent, qu'elles encouragent l'oisiveté ! Nos arts, nos sciences, ne seraient même que le produit funeste de cette oisiveté ! 
-- Comment lui donner tort ? demanda son voisin en prenant l'assistance à témoin. D'ailleurs, à voir nos mines replètes et nos ventres rebondis, on ne peut que s'interroger !"

Diderot qui aurait selon le roman suggéré à Rousseau d'adopter le masque de Diogène le cynique, en lui conseillant de "[s']enfourner dans [son] tonneau" et de "dénoncer [les] nombreux travers" de ses contemporains, le met plus tard en garde : 
"A trop jouer la comédie, le visage dissimulé derrière un masque, on risque quelquefois de ne plus savoir qui on est. Et tu finiras bien par t'y perdre toi-même..."

C'est la comédie des masques du titre, que Julie de Lespinasse évoque à d'Alembert en ces termes (et qui moi, m'a fait penser aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos...) : 
"[...] pour rendre l'existence supportable, nous avançons masqués, en jouant nos rôles avec civilité et urbanité. Certains n'ont aucun effort à fournir pour entrer dans la peau de leur personnage, mais pour d'autres, l'apprentissage est souvent douloureux."

Je ne saurais trop vous conseiller de lire ce livre, qui donne à Rousseau un nouveau visage... Le vrai ? Qui sait ? Peu importe. C'est un livre riche qui procure un réel plaisir de lecture. Que demander de plus ?

samedi 2 juin 2012

La Baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand

Cela fait déjà fort longtemps que j'ai annoncé dans les nouvelles fraîches (qui ne le sont pas vraiment dans ce cas) cette lecture ! La voici enfin...

L'éditeur (Jean-Claude Lattès) en parle : 
Le bien-être de Voltaire est menacé. On a retrouvé sa protectrice, la baronne de Fontaine-Martel, assassinée dans son lit, et pour l’heure aucun suspect. S’il ne veut pas se retrouver à la rue en ce froid février 1733 (ou pire, à la Bastille !), il lui faut faire preuve de ressources et retrouver le criminel avant que celui-ci n’aille s’en prendre à d’autres honnêtes gens, lui par exemple… Heureusement, de ressources, Voltaire n’en manque pas. Car il sera bientôt rejoint par Émilie du Châtelet ! Brillante femme de sciences, enceinte jusqu’au cou, elle va l’accompagner dans son enquête, résolvant plus d’une énigme. Mais leur mission n’est pas sans dangers : il leur faudra affronter de redoutables héritières en jupons, des abbés benêts, des airs de flûte assassins, des codes mystérieux, et un lieutenant-général de police qui guette la première occasion d’embastiller notre philosophe…
Un roman historique à la fois rigoureux et très amusant, qui répond avec brio aux engouements du public : Frédéric Lenormand a un ton et une plume qui donnent aux personnages une répartie et une vivacité rares. Après le succès des 16 volumes du Juge Ti, la réputation de l'auteur n'est plus à faire...

Les premières pages sont ici (cliquez !), sur le site du Masque, qui a repris l'édition en poche dans la collection Labyrinthes. 

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Une fois n'est pas coutume, c'est une chronique radiophonique qui a motivé ma lecture ! En effet, j'ai entendu sur France Info un libraire enthousiaste expliquer que c'était une excellente lecture pour les lycéens qui allaient étudier Voltaire... Vous pouvez écouter cette chronique ICI (oui oui vous pouvez cliquer). Je me suis donc précipitée.  

Mon avis après lecture : 
Euh... mi-figue, mi-raisin. Il faut déjà savoir que je n'aime pas trop les polars, même historiques. Le livre partait donc avec un handicap... J'ai trouvé amusant de rencontrer Voltaire et madame du Châtelet, j'ai adoré l'humour des dialogues (il me plaît d'imaginer Voltaire ironique en paroles autant que dans ses écrits mais j'avoue avoir eu du mal à me passionner pour l'intrigue, même si elle fourmille de bonnes idées (comme le code musical dont j'aurais aimé avoir l'explication précise, ma curiosité me perdra !). C'est peut-être dû aussi au fait que j'avais commencé ce livre avant d'être interrompue par l'hospitalisation d'un proche, ce qui a rendu ma lecture hachée et je déteste ça ! Je suis sûre qu'une lecture d'une traite m'aurait davantage séduite.

Bonheur de phrases :
Dialogue entre le lieutenant général et le philosophe :
"-- Tenez, Arouet ! Puisque vous êtes là, j'ai une pile de poèmes interdits dont nous recherchons les auteurs. Voulez-vous voir avec moi lesquels sont les vôtres ? 
-- Gageons que notre police attraperait davantage de voleurs si elle s"intéressait moins à la poésie, répondit l'intéressé. 
-- Aucun voleur ne fera plus de mal qu'un écrivain [...]"
Pensée philosophique :
"Les seuls défauts insupportables sont ceux d'autrui, constata l'écrivain."
Voltaire étonné par l'intelligence d'Émilie du Châtelet : 
"[...] Vous avez cassé un code fait pour résister aux esprits les plus fins ? 
-- Aux plus fins esprits masculins, peut-être, mais non à celui d'une femme, dirons-nous, conclut-elle avec ce qui pouvait passer pour de la modestie."
Et enfin, parce que la littérature doit vivre, même trois siècles après celui des Lumières :
"Une nation qui écrit est une nation qui progresse ! plaida l'écrivain."

Sur le net : euh je ne sais pas !
À bien y regarder, en relisant ces phrases que j'aime... je suis contente de cette lecture ! Je suis sûre que d'autres amateurs de romans historiques, notamment policiers, vont adorer !

lundi 28 mai 2012

Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel

Voici un livre que j'ai lu dans le cadre professionnel... En effet, et ceci est un véritable coming out, j'enseigne les lettres dans un lycée. Et honte à moi, si j'avais déjà lu Les Âmes grises et La petite fille de monsieur Linh, je n'avais pas encore lu Le Rapport de Brodeck. Or il figurait sur la liste de textes présentés à l'oral du bac blanc par les élèves d'un de mes collègues. Je l'ai donc bien évidemment lu ! Et avec plaisir qui plus est !

L'éditeur en parle et cite le résumé de la quatrième de couverture : 
Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses […]. »

Sur le site de l'éditeur initial, Stock, d'autres informations :  
Le métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore.
« On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. »
Brodeck accepte. Au moins d’essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connait pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre.
« A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu’est-ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire.
Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
Je pourrais dire que nécessité a fait loi (cf. plus haut). Mais j'apprécie la plume de Philippe Claudel et je me suis réjouie à l'idée de lire ce livre ! 

Mon avis après lecture : 
Comme toujours, Philippe Claudel emporte son lecteur dans son monde. Un monde âpre, dur, pesant, étouffant presque, avec une écriture ciselée que les lycéens ont distinguée en 2007 par le Goncourt des Lycéens, ce qui prouve bien, une fois de plus, qu'ils ne cherchent pas la facilité lors de leur choix !

Bonheur de phrases :
"J'ai le sentiment que je ne suis pas fait pour ma vie. Je veux dire que ma vie déborde de toute part, qu'elle n'est pas taillée pour un homme comme moi, qu'elle se remplit de trop de choses, de trop d'événements, de trop de misères, de trop de failles."
"Il y a de toute ans ce fatras. J'y vide ma vie. Écrire soulage mon cœur et mon ventre."
"Au fond, raconter n'est peut-être pas un remède si sûr que cela. Peut-être qu'au contraire raconter ne sert qu'à entretenir les plaies, comme on entretient les braises d'un feu afin qu'à notre guise, il puisse repartir de plus belle."
"On craint celui qui se tait, celui qui ne dit rien. Comment savoir ce que pense celui qui demeure muet ?"
et une dernière à laquelle je ne peux résister... "L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu'à se propager."

On en parle ailleurs :
Ce livre est paru il y a déjà cinq ans... autant dire une éternité (ou peut-être deux ! ;-) à l'échelle de la blogosphère ! Tout le monde en a donc déjà parlé : je vous fais confiance pour trouver !