mercredi 22 juillet 2015

Rousseau le voile déchiré d'Olivier Marchal

Il y a déjà trois ans que je me promets de lire ce livre et qu'il hante ma PAL... et puis, les contingences, l'oubli, la vie quoi ! Enfin j'ai pris le temps de m'y plonger. 

L'éditeur en parle : 

« Français, on vous tient dans un délire qui ne cessera pas de mon vivant.
Mais quand je n’y serai plus et que votre animosité, cessant d’être attisée, laissera l’équité naturelle parler à vos cœurs, vous regarderez mieux, j’espère, à tous les faits, dits, écrits, qu’on m’attribue… »
Jean-Jacques Rousseau
À tout Français aimant encore la justice et la vérité

Début des années 1770. Bernardin de Saint-Pierre rencontre un Rousseau vieillissant et rejeté par tous, Diderot, D’Alembert, Grimm, Mme d’Épinay…
Quelle est la raison de cette exclusion dont Rousseau est l’objet ? Est-ce bien un complot destiné à le discréditer ?
Bernardin cherche la vérité, il reçoit les confessions de Rousseau et de ses anciens amis afin de faire la lumière sur ce génial égoïste.
Riche de détails méconnus et remarquablement documenté, ce livre s’attache à répondre aux interrogations qui pèsent encore, plus de deux siècles après sa mort, sur le véritable caractère du philosophe le plus marquant des Lumières.

« Fabuleux ! Vous allez redécouvrir Rousseau..  »
Coup de cœur des libraires – Gérard Collard (lci/France info)


Ce qui m'a donné envie de lire : 

C'est la lecture du premier opus sur JJR du même auteur, dont j'avais déjà parlé ICI (clic) il y a des années (honte à moi)... Je dois avouer que j'ai immédiatement acheté ce livre mais qu'il est resté à l'abandon dans ma PAL... Je l'ai ressorti en ce début de vacances et j'ai été contente de retrouver la plume d'Olivier Marchal. 


Mon avis après lecture : 

J'avoue avoir été moins enthousiasmée que lors de ma lecture de Rousseau la comédie des masques. J'ai toutefois apprécié de rencontrer l'auteur des Confessions et de l'Émile ainsi que d'autres philosophes et auteurs du XVIIIe siècle bien présents dans Rousseau le voile déchiré : Bernardin de Saint-Pierre évidemment mais aussi Grimm, Diderot, Condorcet, Julie de Lespinasse et Hume... 
Ce livre qui ne manque pas d'érudition livre une nouvelle clé pour comprendre autrement la personnalité de Rousseau, souvent étiqueté comme paranoïaque obsédé du complot... Et si cela avait été le cas ? 
On sent toute la passion d'Olivier Marchal pour le XVIIIe siècle, passion qui lui fait tenir un blog éclectique sur le sujet : CLIC, blog sur lequel vous pourrez trouver de nombreuses références et informations, mais aussi lire des textes lestes de l'époque... 
J'avoue avoir cherché une nouvelle publication de l'auteur mais je n'en ai pas trouvé. Un peu déçue, j'aurais bien continué à le lire.
J'ai souvent conseillé la lecture de Rousseau la comédie des masques à des lycéens de ma connaissance : je compte réitérer cette année ! Malheureusement, Rousseau le voile déchiré n'existe pas en édition de poche... Dommage !


Quelques phrases ici et là : 

"M'éloigner de Paris pour attirer les regards, leur signifier que moi, Rousseau, je refusais cette connivence avec les puissants. Afficher non seulement ma pauvreté mais également mon indépendance d'esprit. 
Par ma conduite, montrer l'exemple et rappeler à mes compagnons ce qu'ils avaient cessé d'être. 
Devenir une belle âme, la dernière peut-être, dans une société dévoyée. 
Après cela, Diderot me reviendrait, et les autres avec lui. 
C'était là mon espoir en cette année 1756, lorsque je quittai Paris pour emménager dans mon ermitage de Montmorency." 

"Ce n'est pas ma vie que je raconte dans ce livre, dit [Rousseau] d'une voix blanche. J'y confesse d'ailleurs des fautes que je n'ai jamais commises. C'était nécessaire. ainsi, le public prêtera foi à tout le reste, même à ce que je tais, même à ce que je déforme, et il ignorera l'essentiel. 
-- Les fautes de vos proches, laisse tomber Bernardin."

et un extrait de la Correspondance littéraire de Grimm : 

"Monsieur Rousseau a été malheureux à peu près toute sa vie. Il avait à se plaindre de son sort, et il s'est plaint des hommes. Cette injustice est assez commune, surtout lorsqu'on joint beaucoup de d'orgueil à un caractère timide. On souffre de la situation heureuse de son voisin, et l'on ne voit pas que son malheur ne changerait rien à notre infortune."

Un livre de moins dans ma PAL et une lecture qui a complété cette du premier opus : un beau voyage pour voir Rousseau sous un autre jour. 

mardi 21 juillet 2015

Maudit best-seller de Marc Kryngiel

Voici un livre qui renoue avec mon goût pour les livres qui parlent de livres et d'écrivains... 

L'éditeur en parle en citant la quatrième de couverture :

Cyril Gramenk est un obscur romancier qui rêve de gloire. Pour se débarrasser d’un contrat qu’il ne veut pas honorer, il donne à son éditeur le manuscrit épouvantable qu'un admirateur lui a envoyé. À son plus grand étonnement, le livre est un succès. C'est là que les ennuis commencent; le retour d’une ancienne maîtresse et la découverte de l'existence d’un fils caché n'arrangent rien… Sa vie n’est plus alors qu’une succession de situations délirantes, hilarantes ou pour le moins surprenantes, pour le plus grand plaisir du lecteur qui jubile à chaque rebondissement, jusqu’au bouquet final.


Maudit Best-Seller est le récit d’une savoureuse dégringolade. On se prend d’emblée d’empathie pour cet anti-héros aussi touchant qu’agaçant, et à chaque malheur qui lui tombe dessus, on en redemande.


Fin observateur de son époque, Marc Kryngiel a déjà publié L’Intrus (La Table ronde, 1992), Le Caméléon (Le Castor astral, 1994) et La Dette ( La Table ronde, 2000).


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Sans aucun doute, j'ai été attirée par le thème. J'ai peut-être lu des commentaires sur des blogs... mais ce livre est resté dans ma PAL si longtemps que j'ai oublié lesquels ! 


Mon avis après lecture : 

J'ai vraiment adoré !!!!! J'avoue que je croyais bien avoir trouvé la chute, mais non, un nième rebondissement a tout changé ! C'est le genre de livre que je ne peux pas lâcher. D'ailleurs, je n'ai qu'un regret : ne pas l'avoir lu plus tôt ! 


Quelques phrases en passant : 

"[...] j'étais embarqué dans le récit avec mes personnages, je les découvrais au fur et à mesure, il y avait toujours un moment où ils m'échappaient. Quelquefois, ils me foutaient la trouille. Mais d'où sortaient ces monstres ? Il m'arrivait d'abandonner un bouquin tout simplement parce que j'étais en désaccord majeur avec le héros, et dans ces cas-là, pour moi, arrêter d'écrire, c'était la seule façon de lui clouer le bec, d'avoir le dernier mot."

"Une fois publiés, les livres appartiennent à leurs lecteurs, Gramenk, chacun y trouve son compte, c'est ce qui fait leur qualité. Le tout, c'est de ne pas décevoir vos groupies. Ne répondez pas trop précisément aux questions qu'on vous pose, restez énigmatique." 

Un procès aux accents qui rappellent (toutes proportions gardées) celui de Meursault dans L'Étranger de Camus... 

"Après m'avoir demandé de me lever, le président a énoncé les chefs d'accusation. Je ne les ai pas écoutés. Je regardais la salle, tous ces curieux, tous ces voyeurs."

"Au mot "innocence", le public s'est déchaîné. Réprobation générale. Quelqu'un a crié : "À mort !" D'autres ont repris ce cri de haine. Eh, les gars, tenez-vous au courant, la peine capitale a été abolie en France en 1981."

Une lecture idéale pour ces vacances placées sous le signe du retour du livre dans ma vie et sur ce blog ! 

lundi 20 juillet 2015

Le Complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood

C'est grâce à Dolly du blog Livres et compagnie ICI que j'ai pu lire ce livre. En effet, c'est le livre qu'elle avait choisi pour le prix Price Minister. Elle en a d'ailleurs parlé ICI sur son blog et a gentiment proposé d'en faire un livre voyageur. C'est ainsi qu'il est arrivé chez moi... il y a belle lurette ! J'ai malheureusement mis fort longtemps à me plonger dedans. Mais voilà, c'est chose faite ! 


L'éditeur en parle : 

Benjamin Wood signe un premier roman magistral sur les frontières entre génie et folie, la manipulation et ses jeux pervers – qui peuvent conduire aux plus extravagantes affabulations, à la démence ou au meurtre.
Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique… 
Bientôt intégré au petit groupe qui gravite autour d’Eden et Iris, mais de plus en plus perturbé par ce qui se trame dans la chapelle des Bellwether, Oscar en appelle à Herbert Crest, spécialiste incontesté des troubles de la personnalité. De manière inexorable, le célèbre professeur et l’étudiant manipulateur vont s’affronter dans une partie d’échecs en forme de duel, où chaque pièce avancée met en jeu l’équilibre mental de l’un et l’espérance de survie de l’autre.
L’auteur du Complexe d’Eden Bellwether manifeste un don de conteur machiavélique qui suspend longtemps en nous tout jugement au bénéfice d’une intrigue à rebonds tenue de main de maître.

“D'autres auteurs avant lui ont exploré la proximité entre génie et folie, mais Wood traite cette thématique familière avec une fraîcheur et une intelligence qui laissent présager de grandes choses à venir.”
TIMES LITERARY SUPPLEMENT


Ce qui m'a donné envie de le lire : 
J'ai été intriguée par le sujet de ce roman, très original. L'enthousiasme de Dolly et d'autres lectrices de ma connaissance m'a convaincue et j'ai été ravie de pouvoir profiter de cette lecture grâce à la générosité de Dolly ! 


Mon avis après lecture : 
Après un démarrage un peu difficile de ma lecture, j'ai été conquise et je n'ai plus réussi à m'arrêter ! L'histoire est bien menée et malgré le retour en arrière que constitue tout le roman, les surprises sont au rendez-vous. Les personnages sont attachants. Et la traduction de Renaud Morin est agréable et fluide. J'ai vraiment aimé ce livre et je vais guetter les oeuvres suivantes de l'auteur, dont c'est le premier roman. 


Quelques phrases au fil de la lecture : 

"Il se rappelait l'amertume dans la voix de son père quand ils se disputaient en travaillant : "Vas-y donc. Laisse-moi. Je le ferai moi-même. Tu as toujours mieux à faire ailleurs, hein ? Un chasseur de papillons, voilà ce que tu es."
Ce n'était pas de la patience, Oscar le savait, mais une sorte de dureté chargée de ressentiment."

"Dire qu'il avait presque oublié combien il aimait lire, cette cadence particulière des mots quand les yeux passent dessus. Ses parents étaient du genre à avoir une bibliothèque, mais sans aucun livre. Ils ne comprenaient pas le plaisir de la lecture et n'avaient jamais considéré qu'il faille l'encourager. Pour eux, les livres étaient facultatifs, un truc que les professeurs de lettres débraillés imposaient aux enfants à l'école."

"Quelque part dans le monde, quelqu'un doit bien mener une vie normale et heureuse. Peut-être que les moines tibétains sont heureux. Chaque fois que je les vois à la télévision, ils ont l'air en paix. Je vais peut-être me convertir. Devenir l'une des leurs."


Encore un bon moment de lecture ! Je suis ravie de retrouver ce plaisir. 

mardi 23 juin 2015

Étienne regrette d'Antoine Sénanque

J'ai déjà lu pas mal de livres d'Antoine Sénanque et quand j'ai v celui-ci che mon libraire, je n'ai pu résister. Mais j'ai mis un peu de temps à le lire...

L'éditeur en parle en citant la quatrième de couverture : 

"Le graffiti humiliant d’un élève aura suffi pour qu’Etienne Fusain, professeur de philosophie morose, décide de changer de vie. Il quitte travail, famille, mélancolie, et part retrouver son vieil ami d’enfance. Commence alors une errance réjouissante, cure de jouvence, d’immoralité, d’excès, de tendresse où la rencontre avec la sublime et irrésistible Lily lui donne une nouvelle chance d’être heureux."

Ce qui m'a donné envie de le lire : 

C'est tout bêtement la quatrième de couverture que vous venez de lire ci-dessus... 

Mon avis après lecture  : 

J'ai aimé cette lecture, mais je suis tout de même restée sur ma faim, un peu comme avec le précédent livre d'Antoine Sénanque Salut Marie. Le début m'a immédiatement séduite, j'avais envie de suivre les personnages : un professeur et un médecin, comment aurais-je pu ne pas être intéressée ? Cependant, j'ai trouvé quelques longueurs par la suite et la fin ne m'a pas convaincue. Dommage !

Phrases repérées : 

"Les choses importantes, c'est celles qu'on a réalisées. Et puis, il n'y a pas de quoi se vanter, tu sais, c'est étroit l'écriture. Ça se fait dans des petits volumes, des bureaux, des chambres, des cafés, avec un petit instrument : un stylo, un clavier. C'est fermé, enterré, ça ne laisse passer que des choses qui se profilent, des spectres. C'est pour cela que j'ai choisi la médecine finalement, pour l'espace, mais avec des morts quand même, pour ne pas tout perdre de mon talent littéraire. Les morts, c'est le style, tu comprends ?"

"Donc, je déteste mon prénom. D'ailleurs mon père me l'a donné pour commencer à m'emmerder dès ma première heure de vie." 

"Aux premières lueurs de l'aube, il s'assit à son bureau et eut envie de relire le manuscrit qui reposait dans un tiroir, sous des sédiments de documents inutiles comme le fossile de sa carrière littéraire mort-née. Il jugea le texte insuffisant en style, en pensée, et en même temps, il retrouva quelque chose de lui-même, ce qui donnait une certaine valeur à ce qu'il avait écrit." 

jeudi 14 mai 2015

L'homme idéal (en mieux) d'Angéla Morelli

Voici un livre que j'ai téléchargé sur ma liseuse il y a des mois (fin 2013, c'est vous dire)... et j'ai enfin pris le temps de le lire ! 
Pourquoi ne l'ai pas lu avant ? Eh bien je ne sais pas. Je lis assez peu sur liseuse, c'est une première explication. Mais c'est surtout que depuis quelques mois, j'ai du mal à me plonger dans autre chose que des lectures professionnelles et cela commence d'ailleurs à me déprimer. Ma talentueuse copiNETte Stéphie, du blog Mille et une frasques, m'a suggéré de recommencer par une lecture légère. C'est alors que j'ai repensé à ce roman d'Angéla Morelli dont Stéphie avait parlé ICI (clic). 

L'éditeur en parle : 

Un joyeux bordel. Voilà à quoi ressemble la vie d’Émilie, 35 ans, mère célibataire, qui se retrouve à devoir squatter chez sa meilleure amie en attendant des jours plus favorables. Oui, mais voilà : si elle n’avait pas emménagé chez Clara, jamais elle ne serait retombée sur Samuel Winterfeld, un homme qu’elle a perdu de vue depuis longtemps, et qui allie deux qualités fondamentales : être le sosie de Bradley Cooper, et avoir très envie de la revoir ! Sauf que, évidemment, c’est à peu près au même moment que son ex, le père de sa fille, décide de retenter sa chance avec elle. De quoi la mettre définitivement sens dessus dessous ! 

À propos de l’auteur
Passionnée par toutes les littératures, Angéla Morelli est à la fois professeur de lettres et traductrice de romances. Malgré cet emploi du temps bien chargé, elle parvient tout de même à trouver du temps – la nuit ! – pour se consacrer à l’écriture.

Ce qui m'a donné envie de le lire 

Je vous ai raconté ce qui a motivé ma lecture. Mais si j'ai téléchargé ce roman, c'est après avoir lu le billet de Stéphie dont je vous ai parlé plus haut ! 

Mon avis après lecture : 

Une romance vraiment bien sympathique ! L'héroïne est une jeune femme d'aujourd'hui, elle pourrait être une de nos copines et on a envie de tout savoir sur son histoire avec Samuel. J'ai pensé à Bridget Jones... 
Et l'auteur est une collègue ! Tout pour plaire ! Il était temps que je me décide à le lire ! Je compte en outre sur ce livre pour me remettre le pied à l'étrier les yeux à la lecture ! 

Quelques phrases ici et là : 

"Celui qui n'a jamais corrigé un paquet de copies de sa vie ne peut pas comprendre la solitude du correcteur de fond. D'abord, c'est long comme un jour sans alcool, genre vingt minutes par copie en lycée, et en plus tu lis trente-sept fois la même chose."

"Si on en croit la presse féminine, on devrait toutes être des chefs d'entreprise épanouis, mères de famille, bombes sexuelles et entourées de dizaines d'amies. Et les hommes devraient à la fois être des alpha sans être dominants, compréhensifs sans être faibles, fidèles dans un monde qui étale le sexe partout, avec un job génial et des aspirations de père de famille. C'est dur pour tout le monde, non ?"

Vous voulez le lire mais vous n'avez pas de liseuse ? La version papier existe désormais ! 

mercredi 21 janvier 2015

Une Vie à soi de Laurence Tardieu

Voici un livre voyageur que j'ai reçu grâce à la générosité de Leiloona du blog Bricabook (CLIC). 

L'éditeur en parle : 
Une vie à soi 
À quoi cela a-t-il tenu ? À la solitude d'un jour d'automne, à la tristesse tenace de ces derniers mois, au souvenir inattendu du Jeu de paume où elle se rendait parfois enfant ? Peu de choses, en somme, qui conduisent Laurence T. à pousser la porte de l'exposition consacrée à la photographe Diane Arbus. Le choc, d'abord esthétique, devient peu à peu existentiel. La narratrice va revisiter son histoire personnelle et familiale à la lumière de celle de Diane Arbus, jumelle soudain découverte. Leurs histoires se répondent: l'enfance est privilégiée mais recluse, le désir de venir enfin au monde se confond avec celui de créer, les hommes et les enfants sont toujours là, essentiels. En partant à la recherche de Diane Arbus, Laurence T. va se reconnaître elle-même dans le miroir. Ce livre entrelace souvenirs, évocations, scènes d'hier et d'aujourd'hui, rêves et fragments biographiques pour devenir le roman d'une rencontre et d'une quête, celle d'une vie enfin retrouvée.

Ce qui m'a donné envie de le lire : 
C'est tout simple : c'est le billet de Leiloona que vous pouvez lire ICI. Je ne connaissais absolument pas cette auteure mais ce que Leiloona disait m'a séduite. 

Mon avis après lecture : 
Je n'ai pas été déçue. J'ai dévoré ce livre, j'ai noté des citations toutes les dix pages, peut-être plus. C'est vraiment un texte qui m'a parlé. J'en suis sortie à la fois émue et conquise. J'ai aimé l'introspection, notamment les réflexions sur l'écriture, la vie et l'art avec ce parallèle entre Laurence T. et Diane Arbus. C'est sûr : je vais lire d'autres oeuvres de Laurence Tardieu. 

Quelques phrases en passant : 

"Je ne savais pas, auparavant, le bonheur que c'était de sentir l'air sur son corps.
Je ne savais pas le bonheur que c'était de marcher très doucement sur les trottoirs bordés de marronniers. 
[...]
Je ne savais pas, auparavant, la joie que c'était d'être vivant." 

"[...] la vie n'est pas seulement ordre, clarté, cohérence, verticalité, unicité, maîtrise, toutes ces choses qui, lorsqu'elles existent seules, sont effrayantes -- mais aussi désordre, ombre, folie, aliénation, effondrement. On n'est pas toujours debout. On est parfois à terre. On est parfois hurlant. En mille morceaux. Oui, la vie est immense, ouverte sur des abîmes. Ouverte sur des espaces. La vie est bien vivante."

"Les mots s'écrivaient, je les découvrais. C'était celle que j'étais qui commençait à s'écrire, et que je reconnaissais enfin. C'était celle que j'étais qui commençait à exister. J'avançais vers les territoires interdits : ceux situés de l'autre côté des convenances, des masques, des décors parfaits. J'avançais, mot après mot, vers le vivant."

Et moi, je vais avancer vers l'oeuvre de Laurence Tardieu. Merci pour cette belle découverte, Leiloona. 

mardi 6 janvier 2015

Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

Encore un livre de la rentrée littéraire de septembre que je viens de lire alors que tout le monde évoque la rentrée littéraire de janvier ;-) 

L'éditeur en parle : 

Il est le frère de “l’Arabe” tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du xxe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.
Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin…

Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.

Meursault, contre-enquête figure parmi les 25 romans de l'année sélectionnés par les critiques du Point.

Ce qui m'a donné envie de le lire :
Il y a des lustres, j'avais sur ma liste de bac de français L'Étranger de Camus et cette oeuvre figure toujours très régulièrement sur des listes d'oral de bac. Je ne l'ai, pour ma part, jamais étudiée avec des élèves mais l'existence de ce roman m'a fait penser que ce serait une possibilité en L dans le cadre de l'objet d'études "réécritures". J'ai donc voulu savoir si, lorsque ce roman serait paru en poche (le prix actuel des romans est prohibitif pour les lycéens, il faut en être bien conscient), il me donnerait envie de l'étudier. 

Mon avis après lecture : 
J'ai trouvé la lecture tout à fait intéressante. La langue est magnifique, ample et travaillée : c'est un bonheur de lire Kamel Daoud. En outre, pour répondre à mon interrogation précédente, il s'agit d'une véritable réécriture de L'Étranger, et à ce titre, il sera sans doute possible de travailler les deux oeuvres en première L.
Toutefois, je dois préciser, au cas où des collègues me lisent ;-), que la lecture me semble nécessiter un accompagnement car les événements qui entourent le meurtre perpétré le 5 juillet 1962 ne sont pas forcément connus des jeunes... ce qui fait que le point de vue du frère de Moussa peut ne pas être bien perçu. Par ailleurs, j'ai bien aimé cette lecture, mais j'ai vraiment regretté la confusion entre l'auteur et le narrateur de L'Étranger dans les propos d'Haroun (non, Meursault n'a rien écrit... c'est Camus le prix Nobel de littérature ! Cette confusion est très gênante pour une lecture par les lycéens...). J'ai aussi regretté l'acte d'Haroun, qui m'a finalement (et paradoxalement) semblé affadir le roman. 

Quelques phrases au fil des pages : 
"Aujourd'hui, M'ma est encore vivante." 

"Une langue se boit et se parle, et un jour elle vous possède ; alors, elle prend l'habitude de saisir les choses à votre place, elle s'empare de la bouche comme le fait le couple dans le baiser vorace."

"J'ai brièvement connu le génie de ton héros : déchirer la langue commune de tous les jours pour émerger dans l'envers du royaume, là où une langue plus bouleversante attend de raconter le monde autrement.[...] C'est le génie de ton héros : décrire le monde comme s'il mourait à tout instant, comme s'il devait choisir les mots avec l'économie de sa respiration. C'est un ascète."

"Regarde bien cette ville. On dirait une sorte d'enfer croulant et inefficace. Elle est construite en cercles. Au milieu, le noyau dur : les frontons espagnols, les murs ottomans, les immeubles bâtis par les colons, les administrations et les routes construites à l'Indépendance ; ensuite, les tours du pétrole et leur architecture de relogements en vrac ; enfin, les bidonvilles. Au-delà ? Moi j'imagine le purgatoire. Les millions de gens morts dans ce pays, pour ce pays, à cause de lui, contre lui, en essayant d'en partir ou d'y revenir."

Un joli premier roman, une lecture que j'ai appréciée mais qui, à mon sens, nécessite impérativement une relecture préalable du très beau roman de Camus, L'Étranger.