samedi 5 septembre 2015

Le Coeur entre les pages de Shelly King

La rentrée a déjà eu lieu mais c'est encore un livre de lecture estivale que je vous propose. 


L'éditeur en parle en citant la quatrième de couverture : 

Maggie, 34 ans, vient d’être licenciée de la start-up branchée de la Silicon Valley où elle travaillait. Que faire sinon traîner au Dragonfly, la pittoresque librairie de livres d’occasion ? Lassé de la voir végéter, Dizzy, son meilleur ami, lui propose de participer à un club de lecture. Au programme : L’Amant de Lady Chatterley. Dans l’édition ancienne qu’elle déniche, Maggie découvre une mystérieuse correspondance amoureuse… Cette découverte va bouleverser la vie de la jeune femme et celle de la petite librairie menacée de fermeture par la concurrence. Le tout sous les yeux espiègles de Grendel, le chat qui a élu domicile parmi les rayonnages.
Spirituel, mordant, généreux, Le Coeur entre les pages est un premier roman au charme fou, une histoire à la fois drôle et sensible qui chante la mélodie joyeuse des livres que nous avons aimés.
Une histoire qui ravira les amoureux des livres. Booklist
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pascale Haas.

Vus trouverez un extrait sur le site des éditions Préludes ICI : CLIC. 


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Pour vous dire la vérité, j'ai beaucoup tourné autour de ce roman. Je l'ai vu une première fois chez ma libraire préférée, j'ai hésité et j'ai choisi autre chose. Je suis retournée à la librairie (j'y vais souvent en fait :-) et j'a de nouveau pris en main ce roman pour le reposer. Ce petit jeu a duré quelques semaines. C'est le jour où j'ai cherché le roman sans le trouver que je me suis dit que c'était le signe d'un désir de lecture qu'il fallait absolument satisfaire ! 
Ce qui m'a attiré est bien sûr l'histoire : un chat et des livres ! Comment vouliez-vous que je résiste ? Impossible ! 


Mon avis après lecture : 

J'ai trouvé ce premier roman fort sympathique. Les personnages, très différents, m'ont séduite. Je ne suis pas une grande fan de livres d'occasion (je suis une grande maniaque avec mes livres, qui semblent neufs même après de nombreuses lectures), mais l'idée de trouver un roman avec une véritable correspondance entre lecteurs dans les marges me fait rêver. Quant aux difficultés des libraires, quel lecteur peut ne pas y être sensible ? 
C'est donc un roman plein d'humanité et d'espoir, dont la lecture donne le sourire, et ça n'a pas de prix. 


Quelques phrases en passant : 

"Les mots semblaient s'étirer et se contracter dans l'écriture de Henry et de Catherine, des mots semblables à ceux des romans que j'avais lus toute la journée au Dragonfly. Étreinte, désir, attente... Des mots de livres, pas des vrais mots comme en utilisaient, ou n'en utilisaient plus, les vrais gens. Ces mots étaient faits pour les parchemins, les plumes d'oie et les encriers, pour être cachetés à la cire et transmis par des hommes qui chevauchaient désespérément la nuit." 

"[...] dans la lumière de la nuit, j'allai jusqu'à la boîte aux lettres en face du Dragonfly, soulevai le rabat et lâchai l'enveloppe avant de risquer de changer d'avis. Après avoir travaillé dix ans dans l'informatique, je comprenais les circuits qu'empruntaient les mails, les posts sur Facebook, les tweets ou les textos, mais... lâcher dans une boîte un bout de papier qui réapparaîtrait quelques jours plus tard à l'autre bout du monde ? C'était de la pure magie."

"Les librairies sont des créatures romantiques. Leurs marchandises vous séduisent et leurs problèmes vous brisent le coeur. Tous les grands lecteurs rêvent d'en avoir une. Ils pensent que passer la journée au milieu de tous ces livres sera le grand accomplissement de leur passion. Ils ne savent pas encore qu'il faut trier ce qui rentre, suivre ce qui sort, ils ignorent qu'on attrape des maux de tête à force de faire de la manutention et de ranger dans les rayons, et tout cela pour très peu d'argent. Ces lecteurs ne pensent qu'au mariage sans accorder beaucoup d'attention à la vie conjugale."

Je terminerai ce billet par une déclaration avec laquelle j'en suis sûre, vous serez d'accord : LIBRAIRES, ON VOUS AIME !

dimanche 30 août 2015

La Bibliothèque des coeurs cabossés de Katarine Bivald

Voici un livre présenté comme "votre lecture idéale pour les vacances" si l'on en croit le bandeau qui entoure l'exemplaire que j'ai acheté. Je suis en vacances donc... allons-y !


L'éditeur en parle en citant la quatrième de couverture : 

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. 
Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. 
Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel…

Vous pouvez feuilleter le livre ICI. 


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

J'ai évidemment été attirée par le bandeau que j'évoquais plus haut. En outre, voici encore un livre qui parle de livres et de lecture... Que demander de plus ? 


Mon avis après lecture : 

La traductrice, Carine Bruy, a rendu le récit vivant et agréable, même si j'avoue avoir perçu quelques longueurs en milieu de roman. 
La lecture est agréable, la fin est plaisante, c'est une lecture de vacances parfaite !


Quelques phrases : 


"Elle avait remarqué dès ses années de lycée que peu de gens vous prêtent attention quand vous êtes caché derrière un ouvrage. [...] 
Les livres lui avaient servi de remparts, oui, mais pas seulement. Ils l'avaient protégée du monde extérieur en le réduisant à une espèce de toile de fond bine moins tangible que les aventures fictives dont elle se délectait."

"Passer son existence à lire n'était pas déplaisant, mais ces derniers temps, Sara avait commencé à se demander si c'était réellement... une vie. [...]
Si sa vie avait été un roman, elle n'aurait sans doute même pas été un personnage secondaire. Or elle se serait sans problème contentée d'un second rôle. Personnage principal, c'était probablement trop demander, mais quand même avoir une apparence et quelques traits de personnalité décrits à la hâte en deux ou trois lignes lorsqu'elle croisait la véritable héroïne. Pouvoir être une personne avec un nom et quelques répliques."

"Ne vivez jamais en suivant les règles d'imbéciles, car ils vous abaisseront à leur niveau, ils gagneront et tout ce que vous aurez récolté c'est une vie à mourir d'ennui."

Un bon moment, même si le livre ne me laissera pas de souvenir impérissable. 

mercredi 12 août 2015

Les Gens heureux lisent et boivent du café d'Agnès Martin-Lugand

Voici un livre dont tout le monde a beaucoup parlé lors de sa sortie en grand format, puisque c'est, si je ne me trompe, un conte de fées de l'auto-édition dont tout auteur rêve. En effet, c'est sur la plate-forme Kindle qu'Agnès Martin-Lugand a publié son roman, avant qu'il ne soit repéré par les éditions Michel Lafon. 


L'éditeur en parle : 

« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »
Diane a perdu brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.
L’histoire de Diane nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique, tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a d’autre choix que de faire avec.

Un extrait est en ligne ICI. 


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

En réalité, j'ai de nouveau entendu parler de ce roman parce que la suite vient de sortir. Ma libraire préférée l'avait en poche et je me suis dit : pourquoi pas ? 


Mon avis après lecture : 

J'ai été agréablement surprise. Le roman m'a séduite : c'est une lecture parfaite pour les vacances, dont j'aimerais beaucoup lire la suite ! L'héroïne est attachante et ne sombre pas dans le pathos malgré l'histoire atroce qui s'abat sur elle. On a envie qu'elle s'en sorte et la fin est ouverte, ce qui permet d'ailleurs qu'il y ait une suite, apparemment un succès d'ailleurs (alors que le deuxième roman d'Agnès Martin-Lugand a trouvé moins de lecteurs semble-t-il). 
Je n'ai pas relevé beaucoup de phrases cela dit...


Un passage tout de même : 

"C'était difficile de me sentir chez moi, rien ne me rappelait ma vie d'avant. La nuit n'était pas éclairée par les lampadaires ni animée par les bruits citadins. Lorsque le vent faiblissait, le silence en devenait oppressant. J'aurais rêvé que mes voisins (toujours absents) fassent une grosse fête pour avoir une berceuse. Les odeurs entêtantes des pots pourris n'avaient rien à voir avec celle du parquet ciré de notre appartement, et l'anonymat des commerces parisiens était définitivement très loin."

Je compte lire la suite : La Vie est facile, ne t'inquiète pas si elle est disponible à la médiathèque ! 

mardi 4 août 2015

Une Putain d'histoire de Bernard Minier

Et voici une lecture d'un genre très différent cette fois !



L'éditeur en parle :


Une île boisée au large de Seattle…
« Au commencement est la peur.
La peur de se noyer.
La peur des autres,
ceux qui me détestent,
ceux qui veulent ma peau.
Autant vous le dire tout de suite :
Ce n’est pas une histoire banale. Ça non.
c’est une putain d’histoire.
Ouais, une putain d’histoire… »

Un thriller implacable
Dès la parution de son premier roman, Glacé, prix du meilleur roman francophone du festival Polar 2011 de Cognac, Bernard Minier rencontre un très grand succès. Ses deux derniers ouvrages, Le Cercle et N’éteins pas la lumière, le confirment comme un auteur incontournable du polar français. Ses romans sont traduits dans quatorze langues.

L'éditeur indique également l'adresse du site de l'auteur : CLIC ! et offre un extrait ICI.


Ce qui m'a donné envie de le lire :

C'est mon homme qui a entendu parler de ce livre et me l'a conseillé. Bien que n'étant pas une grande fan de polar ou de thriller, j'ai eu envie de tenter cette lecture et bien m'en a pris !


Mon avis après lecture :

Comme je vous l'ai dit, je ne suis pas une fervente lectrice de thriller et cela va peut-être changer grâce à ce livre. J'ai été happée par l'histoire et je n'ai pas pu le lâcher : c'est la définition du page turner ! Même si je dois dire que j'avais deviné assez tôt un élément très important de l'histoire, j'ai été épatée du nombre incroyable de rebondissements et de retournements de situation. La vision qu'on a des personnages doit toujours évoluer au rythme des nouvelles informations habilement distillées et les dernières pages sont tout bonnement stupéfiantes !
Bref, une lecture qui me donne envie de lire d'autres romans de l'auteur.


Quelques phrases : 

"L'orque nomade est le plus cruel des mammifères marins mais l'homme nomade est le plus cruel des mammifères tout court."

"Comme je l'ai dit, je rêve de devenir écrivain.
Ou cinéaste.
Ne soyez donc pas surpris par mon langage : je suis juste un jeune homme normalement éduqué, comme tous ceux de mon âge devraient l'être, c'est-à-dire pas tout à fait aussi attardé que ces crétins du lycée qui se sont déchaînés sur Walt Whitman quand le prof de littérature leur a demandé de commenter Feuilles d'herbe. "Bâtard défoncé", "pédé de poète de sa race" ont été quelques-uns des compliments adressés au grand homme par tweets interposés. À part ça (preuve de ma normalité), j'aime les films d'horreur et Nirvana."

"[...] la révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures -- des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d'eux-mêmes à leur liberté."

"Chaque foyer a ses règles tacites. Chaque famille est un pays et un gouvernement à lui tout seul, où règnent des lois qui n'ont pas cours dans la maison d'à côté, des dizaines de petites conventions et d'habitudes qui, à l'abri des regards, assurent son unité. Nul doute que la nôtre n'était pas une démocratie."

Alors, allez-vous lire cette Putain d'histoire ?

lundi 3 août 2015

Détails d'Opalka de Claudie Gallay

Voici un livre très particulier, un récit envoûtant qui m'a fait connaître l'oeuvre d'un artiste que je ne connaissais pas : Roman Opalka. 


L'éditeur en parle : 

Évocation subjective et captivante de la vie, de l’œuvre et de l’engagement si singuliers du peintre Roman Opalka, le sculpteur du temps, qui éclaire de façon inattendue la création romanesque de Claudie Gallay, et établit une filiation secrète entre les deux œuvres.

On trouve aussi la quatrième de couverture sur le site de l'éditeur : 
"J'ai longtemps cru que la peinture, c'étaient des pinceaux, un chevalet, des couleurs et un homme debout devant une toile. Opalka m'a appris que c'était bien plus, que c'était aussi une pensée, il m'a ouvert un espace plus vaste, m'a ancrée plus loin, là où regarder ne suffit pas, quand l'émotion picturale passe par la réflexion, quand le plaisir et le savoir sont mêlés."

Vous pouvez aussi lire un extrait ICI (clic).


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

Pour tout vous dire, ce sont mes collègues d'arts plastiques qui sont à l'origine de mon intérêt. Je connaissais Claudie Gallay de nom, pour Les Déferlantes (livre que je n'ai pas lu, j'avoue tout !) et l'an dernier (oui encore un livre qui a dormi dans ma PAL), mes collègues d'arts plastiques avaient décidé de lire en parallèle Détails d'Opalka. 
Aussi quand je l'ai vu chez ma libraire (il y a un an au moins, certes...), je l'ai acheté et me suis promis de découvrir ce récit.
J'ignorais tout de Roman Opalka et de son travail. Vous pouvez en savoir davantage sur le site officiel de l'artiste : CLIC ! Vous pouvez aussi voir le peintre expliquer le sens de son travail ICI : clic. 


Mon avis après lecture : 

Un immense bonheur. Je suis toujours émue de voir le travail d'un artiste, qu'il soit écrivain ou plasticien et là, j'ai eu l'impression de prendre le récit en pleine face. J'ai été emportée par la prose de Claudie Gallay, j'ai été fascinée par le travail de Roman Opalka, j'ai été complètement envoûtée par ce récit. C'est bien simple : j'ai passé mon temps à noter des citations... Je ne vous en donnerai que quelques-unes, mais mon petit carnet en gardera bien davantage... Peut-être aussi ai-je en moi l'obsession du temps qui passe et que l'écho a été très fort avec mes propres tourments.


Des phrases notées au fil de ma lecture : 

"Même quand il ne peint pas, qu'il est en dehors de l'atelier, pendant son sommeil, son visage subit la marque des ans. C'est cela qu'il veut capter. Donner le constat lucide de la brièveté de la vie."

"Mes romans sont de la vie qui passe. En apparence, peu de chose, j'écris, une page et puis une autre, un livre et son suivant. C'est dans leur quotidien que je tiens mes personnages, je cultive cette illusion de répétition pour donner à voir le mouvement profond de ce qui les relie. Je n'écris pas pour laisser ma trace, mais pour donner de l'épaisseur au temps que j'ai à vivre."

"En littérature, écrire ne suffit pas, il faut pour chaque roman un sujet différent. Changer d'histoire, de personnages, inventer, surprendre, choisir un thème parmi des milliers possibles, installer une intrigue, imaginer des rebondissements...
Certains peintres, confrontés à cette presque nécessité de renouvellement, font varier les supports, se hasardent dans des grandes séries qu'ils épuisent, monochromes, accumulations d'objets divers... Yves Klein et son bleu, Soulages et son noir."

Ce n'est pas un easy reading que je vous propose aujourd'hui. C'est une lecture bouleversante. N'hésitez pas. 

samedi 25 juillet 2015

Le Palais des Ombres de Maxence Fermine

L'occasion a fait le larron... Une promotion intéressante et un thème qui m'a intriguée... hop, un livre acheté pour ma liseuse.

L'éditeur en parle : 

Paris, dans les années 1960. Nathan Thanner, trentenaire taciturne et discret qui ne vit que pour ses marionnettes confectionnées dans le secret de sa boutique, voit sa vie bouleversée par une lettre de son père auquel il ne parle plus depuis vingt ans. Cet ex-romancier à succès, dont la rumeur veut qu’il soit devenu fou, lui annonce son décès et l’héritage qu’il lui lègue : l’énigmatique maison où il vivait reclus, Le Palais des Ombres. Mais, même dans la mort, Hugo Thanner reste un être fuyant et mystérieux, à l’image de cette demeure diabolique qui semble se jouer de Nathan. Commence alors pour le jeune homme un inquiétant jeu de pistes dont l’issue pourrait le changer à jamais…


Ce qui m'a donné envie de le lire : 


Le thème m'a séduite par son côté inquiétant et mystérieux, même si les maisons hantées ne sont pas ma tasse de thé. Et puis... vous allez me dire que c'est encore une histoire qui parle d'écrivain, d'écriture... et vous aurez raison ! Je n'ai pas pu résister.


Mon avis après lecture : 

C'est encore un livre qui m'a beaucoup plu. J'ai eu envie de savoir la suite, et les péripéties nombreuses tiennent en haleine. J'ai aimé les rebondissements, les surprises qui guettent Nathan. Le style simple fait de ce roman une lecture de vacances tout à fait sympathique derrière laquelle se cache un propos sur l'écriture plus profond. Je ne regrette pas mon choix !


Quelques phrases que j'ai aimées en passant : 

* au moment où Nathan reçoit la lettre de son père : "C'était comme une invitation, un appel, auquel je ne pus résister. Les hommes sont comme cela. On leur offre un cadeau empoisonné, une bombe à retardement, et eux ne voient que les jolis rubans autour. Pas ce qui se cache à l'intérieur et peut ruiner une vie. Bien souvent, on fabrique soi-même le fiel qui nous empoisonnera." 

* un proverbe yiddish cité : "L'homme fait des projets et Dieu rit." 

* sur l'écriture : 

  • "[...] devenir écrivain, ce n'est qu'une question de volonté, de travail et de transpiration. La première phrase vient et le reste suit dans l'ordre logique des choses."
  • "[...] un véritable écrivain, même aux heures où il n'est pas assis derrière sa table de travail, construit la plus grande partie de son roman dans sa tête."
  • "[...] on ne devient pas romancier au jour au lendemain. Cela nécessite un long apprentissage, des années entières vouées à l'échec avant de pouvoir écrire une seule page qui tienne debout."

* et pour revenir au roman : "On a tous un Palais des Ombres, une demeure où les images du passé se sont figées à jamais. Des jeux d'enfant dans un vieux grenier, une promenade le long d'une allée, le souvenir d'une salle à manger dans laquelle de joyeux convives se régalent de mets de fête autour d'une table, des odeurs de cuisines, des rires, des chants, des sourires surtout. On possède tous cette bibliothèque de la mémoire mais peu le savent. 
Les hommes pour la plupart, ne veulent pas se souvenir. Ils rient à gorge déployée, pleurent, crient, hurlent, se déchirent, se tuent parfois, mais ils oublient très vite ce qui a fait d'eux des êtres humains."

jeudi 23 juillet 2015

La Revanche de Kevin de Iegor Gran

Voici un livre que j'ai dévoré. J'avais vu l'auteur lors d'une émission (mais laquelle ?) et j'avais été intriguée par ce roman autour du prénom Kevin et de ce qu'il est supposé trahir. 

L'éditeur en parle : (mais je limite ce qui est en ligne pour ne pas en dire trop...)

Quand on s’appelle Kevin, un prénom dont on dit qu’il fleure la beaufitude, marqueur social des années boys band, donné à plus de 14 000 bébés nés en France en 1991 puis tombé peu à peu en désuétude sous les commen-taires dédaigneux de celles et ceux qui portent des prénoms plus distin-gués, quand on porte le même prénom que Kevin Costner, élu pire acteur de la décennie aux Razzie Awards, que l’on se moque de vous à l’école et que, plus tard, pour peu que vous travailliez dans un milieu intellectuel, on vous jauge de haut avec un regard entendu, il est possible que l’on se mette à couver un méchant complexe...

Avec La Revanche de Kevin, Iegor Gran poursuit donc l’exploration, commencée avec L’Ambition, des postures et des impostures propres à notre époque. Roman sur les faux-semblants littéraires, la vacuité du milieu éditorial, le snobisme des temples où l’on s’assied sur l’humain au nom de la culture, La Revanche de Kevin est aussi un périple dans les arcanes de la frustration comprimée. Qui ne s’est jamais retrouvé dans une situation où, par politesse calculée ou par peur de paraître inculte ou ringard, on masque ses opinions et ses goûts ? Comment ne pas sentir alors le Kevin trépigner au fond de soi ? Comment ne pas chercher la revanche ?
Le scalpel de l’écrivain reste l’ironie froide et dévastatrice ; on y ajoute une véritable tension narrative. Car il y a quelque chose d’inquiétant au royaume de Kevin. Tirées d’une enquête de police, quelques notes de bas de page, posées çà et là, font comprendre dès le début qu’il se trame une abomination, sans que l’on puisse définir précisément à quoi tient le malaise. L’angoisse se nourrit de détails d’apparence insignifiante qui révèlent soudain leur vraie nature – l’art de prendre le lecteur à contre-pied se pratique ici avec gourmandise. Pêle-mêle, parmi les éléments de narration qui cachent bien leur jeu, citons une armoire où l’on stocke des fournitures de bureau, un accident de ski, une jolie stagiaire, une belle-maman un peu trop mère-poule, un vieux livre de Junichirô Tanizaki. Pour sûr, la revanche n’est pas celle que l’on croit.

L'éditeur nous offre les premières pages ICI (clic). Allez-y, régalez-vous !


Ce qui m'a donné envie de le lire : 

J'avais lu il y a quelques années Le Truoc-Nog du même Iegor Gran, hilarante fable autour du Goncourt (héhé regardez bien le titre) et j'avais déjà adoré. Vous le savez, j'aime les livres qui parlent de livres, d'écrivains et d'écriture et j'ai l'impression que Iegor Gran adore écrire sur ce thème !!! Par ailleurs, il s'intéresse aussi au culte des apparences de notre société et l'a déjà évoqué dans son roman précédent, L'Ambition, roman que j'ai vraiment envie lire très vite ! 
Pour La Revanche de Kevin, j'avoue que le thème de ce jeune homme nommé Kevin qui se trouve marqué par son prénom m'a beaucoup amusée... C'est vrai que dans l'imaginaire collectif, celui qui s'appelle Kevin n'évoque pas l'intellectuel du siècle... Pardon à tous ceux qui portent ce prénom ! On pense à Kevin, Jason et LaToya, les enfants de Jean-Claude Convenant dans Caméra Café... et on comprend que celui qui porte ce prénom ait une envie de revanche sinon de vengeance !


Mon avis après lecture :

Oh la la un vrai bonheur ! Le récit est mené de main de maître, les rebondissements sont nombreux, l'écriture est pleine de fantaisie et l'histoire est... un pur régal ! Les indices discrets semés çà et là à la manière de notes de bas de page sont légèrement inquiétants et augurent un dénouement peu banal mais je l'avoue : je n'ai quasiment rien vu venir. L'ironie de l'auteur sur l'écrivain et son ego est jouissive mais... rira bien qui rira le dernier ! Je n'en dis pas plus. Lisez-le !


Quelques phrases en passant : 

"Je connais ma place, dit-il presque sans aigreur. Je suis Kevin. Un Kevin ne peut pas, n'a pas le droit d'être un intellectuel. Il peut être prof de muscu, vendeur d'imprimantes, gérant de supérettes, mais intellectuel -- impossible. Par son prénom même, Kevin indique une extraction bassement populaire. Une déficience de culture dans sa famille, une perversion des valeurs qui ne manquera pas de rejaillir sur lui, le moment venu, généralement au milieu du collège, et qui l'empêchera de profiter des largesses de l'enseignement républicain, égalitaire pour tous, sauf pour lui..."

"[...] en classe de seconde, en rendant sa copie de français, le prof se permet d'annoncer un sept sur vingt ponctué d'un : "Franchement, vous nous avez encore fait du Kevin. Branchez le cerveau, mon vieux." La remarque fait le tour du lycée, puis se colle dans son dos comme un méchant poisson d'avril qu'il ne pourra plus enlever."

"Jamais Kevin n'avait autant détesté ce milieu où il pataugeait. Son orgueil d'être différent était cependant une bouée sur laquelle il pouvait compter : un doigt d'honneur lui poussa spontanément au creux de la main, vigoureux comme un premier crocus printanier. Il se dépêcha de le dissimuler dans la cave d'une poche."

J'espère vous avoir donné envie de vous précipiter sur les livres de Iegor Gran et surtout sur La Revanche de Kevin que j'ai même conseillé... à ma libraire ! D'ailleurs, allez, avouez-le : vous connaissez bien un nommé Kevin, non ?